11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 20:38

Soumission à la hiérarchie et gestion managériale

Le 31 mai 2016, Najat Valaud Belkacem déclarait : « Je souhaite passer d’une gestion administrative à une gestion des ressources humaines ».

C’est à l’occasion des annonces sur les « augmentations de salaires » dont les visées électoralistes n’ont trompé personne que le ministère a dévoilé les principes d’une modification en profondeur de l’évaluation des enseignant e-s. Plusieurs réunions avec les organisations syndicales qui siègent au Comité technique ministériel de l’éducation nationale se sont tenues à la fin juin et en juillet, d’autres sont prévues les 15 et 16 septembre.

SUD éducation se bât pour la suppression du système actuel d’évaluation basé sur l’inspection-notation, qui est par ailleurs totalement décrédibilisé aux yeux des collègues. Mais celui que projette le ministère pour le remplacer, basé sur l’instrumentalisation managériale de l’autoévaluation et l’entretien professionnel, est encore pire.

Au lieu de donner à la profession plus de liberté pédagogique et d’autonomie, le projet révélé le 23 août promet une soumission à la hiérarchie encore plus grande.

Nouveaux critères d’évaluation des enseignant-e-s : encore plus d’arbitraire

La grille nationale d’évaluation définit neuf compétences, avec quatre niveaux d’acquisition.

Dans le premier degré, les inspecteurs/trices de l’éducation nationale resteraient les seul-e-s évaluateurs/trices.

Dans le second degré la double évaluation administrative et « pédagogique » est conservée. Mais au côté des cinq compétences évaluées par les inspecteurs/trices, trois autres le seraient par le/la chef-fe d’établissement et la neuvième le serait de manière conjointe par l’inspection et par le/la chef-fe d’établissement.

Ces nouvelles compétences, valables pour le premier et le second degrés, sont très générales et relèvent en grande partie de dimensions comportementales et relationnelles, bien au-delà des principes de déontologie professionnelle et du respect des missions de service public.

La hiérarchie va donc évaluer des compétences telles que la « coopération au sein d’une équipe », la « contribution à l’action de la communauté éducative », le fait que l’enseignant-e agisse « en éducateur responsable et selon des principes éthiques »...

Dans le second degré, le/la chef-fe d’établissement va maintenant pouvoir évaluer des compétences pédagogiques.

Ce seront davantage de pressions de la part de la hiérarchie pour imposer la mise au pas des personnels et la docilité dans la mise en œuvre des réformes contestées ou l’obéissance aux ordres absurdes.

Ce projet s’inscrit ainsi dans la continuité des réformes des missions et des obligations réglementaires de service des enseignant-e-s du premier et du second degrés, qui imposent toujours plus de tâches et de missions sans réduction du temps d’enseignement.

Le but est de museler les enseignant-e-s et de les assujettir à un mode de management qui a pour seul but de les faire taire.

Les documents du ministère parlent « d’implication individuelle et collective dans le développement professionnel », sur le modèle managérial initié dans les entreprises capitalistes et qui s’étend progressivement à toute la fonction publique (les personnels des collectivités territoriales y sont soumis-e-s depuis longtemps, mais de plus en plus d’agent-e-s de la fonction publique d’État également).

C’est devenu une des méthodes classiques du management que d’impliquer le ou la salarié-e dans sa propre évaluation et dans la définition de ses objectifs professionnels, tout en l’incitant à appliquer des processus de travail irréalisables, engendrant des risques psycho-sociaux, dégradant ses conditions de travail et induisant une plus grande flexibilité dans le temps de travail. Pour les enseignant-e-s, ce sera multiplier les projets et les réunions diverses en dehors de leur temps de service devant élèves en les habituant à des obligations de résultat.

Enfin, la dernière compétence, « s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel », marque aussi une évolution du droit à la formation vers un formatage institutionnel imposé par la hiérarchie.

Inspections et entretiens d’évaluation

Pour tou-te-s, quatre « rendez-vous de carrière » sont institués : après 7 ans d’exercice, 13 ans, 20 ans puis en fin de carrière. Ils commenceront tous par une inspection en classe, suivie d’un entretien avec l’inspecteur/trice au cours duquel sera fait un retour sur l’inspection et où auront lieu des échanges à partir du bilan professionnel rédigé par l’enseignant-e. Tant que ces évaluations ne seront pas totalement déconnectées de l’évolution des carrières et des rémunérations, cette autoévaluation ne peut être qu’un exercice hypocrite de soumission aux attendus institutionnels.

Dans le second degré, dans le cadre de « l’accompagnement », et indépendamment des entretiens à intervalles réguliers avec le ou la chef-fe d’établissement, un deuxième entretien aura lieu entre l’enseignant-e et son ou sa chef-fe d’établissement dans un délai maximal de six semaines après l’inspection.

Le ou la chef-fe d’établissement voit donc son rôle renforcé dans l’évaluation de ses subordonné-e-s. Il/elle devient un-e manager de la carrière des enseignant-e-s, et vient s’immiscer dans leurs pratiques pédagogiques.

Outre le renseignement des trois items de la grille, il/elle produira en dix lignes une évaluation du niveau des enseignant e s.

SUD éducation combat les inspections et la forme actuelle de l’évaluation. Mais nous considérons que ces nouvelles modalités vont encore accentuer le pouvoir des IEN et chef fe s d’établissement.

Cette nouvelle évaluation risque d’être encore plus opaque que l’ancienne. Sans grille de référence selon l’échelon, les possibilités de recours en CAP (Commission administrative paritaire, qui peut permettre un certain contrôle des représentant-e-s des personnels) seront réduites et l’arbitraire encore plus grand.

Dans les projets du ministère, les enseignant-e-s seront amené e-s à exprimer leur souhait d’évolution professionnelle. Mais les mesures concrètes de cette réforme montrent qu’on se dirige vers toujours plus d’individualisation des parcours et de concurrence organisée entre collègues.

Progression de carrière et rémunérations : toujours plus d’inégalités !

Cette réforme de l’évaluation ne peut pas être déconnectée des modifications des carrières et des rémunérations annoncées en fin d’année scolaire. En effet, à l’issue de chacun des quatre rendez-vous de carrière, l’évaluation pourra déboucher sur une accélération de carrière ou pas. Seuls 30% des enseignant-e-s pourraient bénéficier de cette accélération, 70% restants sur le carreau. La date de l’accès à la hors classe et l’accès ou non à la classe exceptionnelle dépendront ainsi de ces évaluations.

L’évolution des carrières « au mérite » est donc maintenue et renforcée. Tout le monde doit désormais accéder à la hors-classe (plus ou moins tôt selon son « mérite »). Mais la mise en place d’une « classe exceptionnelle » vient élargir encore l’écart de rémunération entre un-e débutant-e et un e enseignant-e « méritant-e » en fin de carrière. Aujourd’hui, pour l’ensemble des enseignant-e-s, l’écart entre l’échelon le plus faible et le plus élevé est de 434 points d’indice, il sera en 2020 de 582. La classe exceptionnelle sera réservée à 10 % des enseignant-e-s, 8 % pour celles et ceux qui auront des fonctions ou des missions particulières et 2 % pour les plus « méritant-e-s ». Lorsque le ministère affirme qu’il a renoncé à la mise en place du GRAF (grade d’accès fonctionnel), il se paie de mots puisque la classe exceptionnelle sera de fait essentiellement réservée à celles et ceux qui auront occupé des fonctions spécifiques.

Accès précoce ou tardif à la hors classe, accès ou non à la classe exceptionnelle... On voit bien la logique managériale qui cherche à créer toujours plus de concurrence et de division entre les personnels : entre les « méritant-e-s » et les autres, entre les directeurs/trices d’écoles et les adjoint e s, entre celles et ceux à qui les chef-fe-s d’établissement et les recteurs/trices attribueront des missions particulières en récompense de leur loyauté et les autres, etc.

Alors que certaines organisations syndicales se félicitent comme d’habitude de cette réforme et que d’autres réclament « des critères qui permettent de classer objectivement les personnels », la fédération SUD éducation réaffirme que la seule solution est la déconnexion complète entre l’évaluation et l’évolution des carrières et des rémunérations.

La fédération SUD éducation appelle les personnels à se saisir de cette réforme et à organiser la mobilisation pour :

s’opposer à toute transformation managériale de l’évaluation des personnels et à tout accroissement du contrôle hiérarchique,

imposer une évaluation purement formative et coopérative, complètement déconnectée de l’évolution des carrières et des rémunérations,

imposer la réduction du temps de service des enseignant-e-s devant élèves pour permettre la concertation des équipes et les échanges pédagogiques entre collègues.

La fédération SUD éducation a adopté lors de son sixième congrès des revendications offensives que nous soumettons aux personnels et aux débats des assemblées générale :

Évaluation des personnels : imposons des alternatives au management !

Texte d’orientation adopté par le sixième congrès de la fédération des syndicats SUD éducation

Contre toutes les séparations hiérarchiques et pour l’égalité.

L’Éducation, comme le reste de la Fonction Publique, fonctionne sur un modèle autoritaire, pyramidal et infantilisant. La hiérarchie exerce son pouvoir sur les horaires, les conditions de travail, l’emploi et les statuts des personnels. Des réponses satisfaisantes à l’évolution des pratiques professionnelles passent par des pratiques collectives associant l’ensemble des personnels.

Nous luttons pour la suppression de l’inspection, de la notation et de toute forme de division des personnels qui vise à maintenir la hiérarchie. De même Sud Éducation s’oppose à la hiérarchisation des métiers et à la multiplicité des grades.

Après celle des agents, la réforme de l’évaluation des personnels d’enseignement, d’éducation et d’orientation constitue une étape majeure dans le processus de transformation néolibérale du service public d’éducation.

SUD éducation est opposé à la notation, aux inspections, à l’évolution différenciée des carrières. L’évaluation par l’entretien professionnel est encore pire : individualisation, mise en concurrence, caporalisation : on passe à l’ère du management sur le modèle de l’entreprise capitaliste.

Contre les divisions et la mise en concurrence, SUD éducation revendique :

  • une évaluation purement formative, complètement déconnectée de la progression des carrières et des rémunérations ;

  • une évaluation qui favorise la coopération et le travail en équipe.

Pourquoi pour les enseignant-es des 1er et 2nd degré ne pas instaurer entre collègues des visites les un-e-s dans les classes des autres, suivies d’échanges de pratiques permettant de discuter de ce qui fonctionne bien ou moins bien, et de chercher entre nous des réponses ?

  • Des évaluations formatives par des personnels spécialisés peuvent peut-être être utiles aussi, mais elles le seraient plus facilement si elles étaient déconnectées du flicage et des sanctions salariales

  • une véritable formation : cela passe pour les enseignant-e-s par l’abrogation de la mastérisation et l’instauration d’une vraie formation initiale, mais aussi, pour tou-te-s, par

  • un droit réel à la formation continue sur temps de travail et par une augmentation drastique des droits à congés formation.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 20:14

La solidarité comme boussole

Des attentats ignobles

Après la tuerie de Charlie Hebdo et le carnage du 13 novembre dernier, l’autoproclamé « Etat islamique » a revendiqué plusieurs attentats cet été sur le territoire français. Le 13 juin un commandant de police et sa compagne étaient assassiné-e-s chez eux. Le 14 juillet à Nice, 86 personnes ont été tuées et 434 blessées suite à une attaque au camion-bélier. Le 26 juillet, deux personnes dont un prêtre ont été assassinées dans une église de Saint-Etienne-Du-Rouvray. Nous exprimons notre plus grande solidarité humaine aux blessé-e-s et aux proches des victimes.

Nous condamnons de toutes nos forces ces attaques, leurs instigateur/trices et celles et ceux qui revendiquent ces attentats. “DAECH”, “l’Etat islamiste”, est une organisation djihadiste salafiste fanatique. Son projet politique, au nom d’un fondamentalisme islamiste, vise à instaurer dans l’ensemble du monde dit “arabo-musulman” un état totalitaire qui s’apparente au fascisme. Tout, dans ce projet et dans cette organisation, est en opposition complète aux valeurs qui animent notre action syndicale : la raison, la solidarité, la justice, la démocratie. Nous partageons pleinement l’émotion que ces événements dramatiques peuvent susciter. Mais ce sont ces valeurs qui doivent continuer à guider notre action dans ces circonstances si difficiles.

Refusons les réponses anti démocratiques

L’empathie que nous avons pour les victimes, où qu’elles soient, et notre opposition résolue au développement des idéologies mortifères ne nous empêchent pas de mettre en cause les politiques mises en œuvre à l’intérieur et à l’extérieur des frontières de la France et de l’Europe. Au contraire, ce sont les mêmes valeurs qui nous amènent à refuser l’extrême-droitisation des discours, l’orientation de plus en plus liberticide des politiques menées sur le territoire national et les politiques impérialistes et néocoloniales menées à l’extérieur.

Nous condamnons la prolongation de l’état d’urgence, votée cet été. Comme le dit le collectif « Nous ne céderons pas », elle s’inscrit dans la logique d’un « état d’urgence sans fin, aggravé par des dispositions qui accroissent encore les possibilités d’arbitraire ou qui valident des mesures sans rapport avec l’objet du texte. Ainsi, les perquisitions administratives vont reprendre et même les enfants deviennent des suspects potentiels puisqu’ils pourront être retenus pendant quatre heures au cours d’une perquisition ! »

Une rentrée dans un climat délétère

La rentrée scolaire s’est ainsi déroulée dans un climat politique délétère de surenchère sécuritaire et raciste qui assimile une partie de la population au terrorisme sous couvert de prétendus débats sur la laïcité.

Le traitement actuel de ces questions par celles et ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire participe au développement des comportements xénophobes et racistes dans la population, tout cela favorisé par certains traitements médiatiques indignes où dominent amalgames, approximations et sensationnalisme.

Nous devons combattre tous les racismes, toute stigmatisation des personnes cataloguées « musulmanes » et la façon dont sont aujourd’hui traité-e-s les migrant-e-s, à qui on refuse les droits les plus élémentaires.

C’est dans ce contexte que le ministère de l’éducation nationale a publié fin juillet des instructions relatives aux mesures de sécurité dans les écoles et les établissements scolaires à la rentrée scolaire 2016.

Des mesures inutiles, anxiogènes et liberticides

Il s’agirait de « développer une culture commune de la sécurité », en réclamant une vigilance renforcée et des mesures qui au vu du quotidien dans les établissements et les écoles semblent bien loin de la réalité. Certaines de ces mesures sont anxiogènes, liberticides, extrêmement coûteuses, et aggravent la charge de travail des personnels quand elles ne débordent pas totalement le cadre de leurs missions.

Une opération de communication cynique

Dans un contexte d’austérité, les moyens alloués par l’État eu égard aux objectifs annoncés sont dérisoires (50 millions d’euros pour la sécurisation des établissements et 3000 réservistes de l’armée mis-es à disposition). L’essentiel du coût des mesures décidées par le gouvernement est donc une nouvelle fois reporté sur les collectivités territoriales, auxquelles l’État par ailleurs réduit continuellement ses apports. Les sommes nécessaires sont parfois bien supérieures au budget pédagogique alloué aux écoles ! Le cynisme du gouvernement est sans limite, puisqu’il vient de décider de prendre 30 millions du fonds destiné aux personnes en situation de handicap dans les universités pour financer les mesures sécuritaires.

La dotation d’État représente une somme moyenne par école ou par établissement de 780EUR et 1h45min de présence d’un-e militaire par semaine. Ces mesures coûteuses et inutiles permettent avant tout d’engraisser le patronat des entreprises de la sécurité et des outils du contrôle des populations.

Des mesures inapplicables

Il s’agirait de former tou-te-s les élèves aux « gestes qui sauvent » et certain-e-s d’entre eux et elles aux premiers secours. Il s’agirait aussi d’éviter les attroupements devant les écoles, collèges ou lycées, une blague pour quiconque a déjà assisté à une sortie d’école ou à la pause cigarette devant un lycée.

Il s’agirait également dans tous les établissements du secondaire de doubler le système d’alarme incendie afin d’avoir un sonnerie distincte pour les alarmes de confinement. Le coût de ce type de système étant à la charge des établissements et pouvant représenter un coût de 23 000 EUR pour un lycée de taille moyenne (à comparer avec la dotation de l’Etat…).

II faudrait multiplier les exercices d’évacuation. Et les exercices de confinement qui avaient été expérimentés l’an dernier sont supposés être généralisés cette année, avec l’idée de se barricader dans des salles en utilisant le matériel éducatif. Le ministère a tenu bon de préciser qu’aucun des exercices ne supposait l’usage d’armes factices, ce qui illustre bien le climat de panique que ces mesures induisent. Déjà des chef-fe-s d’établissements et des inspecteurs/trices expliquent sans vouloir l’assumer publiquement que ces exercices ne devront pas nécessairement être organisés.

Nous ne sommes pas des agent-e-s de sécurité

Il s’agirait ensuite de contrôler les sacs et identités des parents d’élèves que l’on connaît et voit chaque jour à la sortie de l’école, le tout dans une ambiance totalement dégradée et au mépris des missions de chacun et de chacune. Les personnels de l’éducation n’ont pas vocation à devenir des agent-e-s de sécurité. Les fouilles visuelles des sacs ne relèvent pas des missions des agent-e-s de l’Education nationale. Elles ne peuvent être effectuées que par des personnels assermentés (agent-e-s de sécurité et de police). Qui peut croire que ce contrôle aura une quelconque efficacité de dissuasion ou d’empêchement si un jour des fanatiques déterminé-e-s et organisé-e-s décident de s’en prendre à une école ?

Refusons l’embrigadement de l’école

Au lieu de rassurer élèves et personnels, ces mesures vont les habituer à vivre dans la peur ; au-delà elles œuvrent à obtenir le consentement aux instruments de contrôle social et de restriction des libertés publiques. Elles s’inscrivent ainsi dans la même logique que l’état d’urgence permanent.

L’embrigadement de l’école, des enseignant-e-s, de l’ensemble des personnels dans cette logique sécuritaire est contradictoire avec le projet d’école émancipateur que nous portons. Il va encore fragiliser l’école publique en rendant son rôle de plus en plus confus.

Face à des logiques sécuritaires inutiles et qui ne sont pas les nôtres, nous affirmons que nous ne voulons pas enseigner la peur, que nous ne voulons pas devenir les vigiles anti-terroristes d’une école bunkérisée.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 08:05
Déjà six mois de lutte

Six mois se sont écoulés depuis la première journée de mobilisation du 9 mars dernier. Un mouvement social d’ampleur s’est construit contre la loi travail et ce malgré l’entêtement du gouvernement et la répression policière : pas moins de vingt journées de grève inter-professionnelle avec des centaines de milliers de personnes dans les rues, des centaines d’actions de blocage économique, des occupations de place avec « Nuit debout » dans la plupart des villes du pays, des assemblées générales interprofessionnelles, etc.

L’ensemble des secteurs, public et privé, a participé à la lutte contre cette loi signant un recul social sans précédent : lycéen-ne-s et étudiant-e-s, salarié-e-s, chômeurs/euses, précaires, intermittent- e-s, travailleurs/euses des raffineries, cheminot-e-s, dockeurs/euses, éboueurs/euses, etc.

49.3 x3

Le gouvernement a joué le passage en force en utilisant l’article 49.3 à trois reprises pour faire accélérer l’adoption de cette loi réclamée par le MEDEF et applaudie par les syndicats « réformistes » CFDT, UNSA et CGC.

Malgré sa promulgation le 9 août, la campagne de désinformation qui a marqué la fin de l’année scolaire et les miettes lancées pour démobiliser certains secteurs, la détermination des opposant-e-s à cette loi n’a pas faibli.

Que dit la loi travail dans les grandes lignes ?

Le temps de travail : si les 35 heures demeurent la référence légale, l’aménagement dérogatoire est devenu la règle. La loi peut être supplantée par des « petites lois » au niveau des entreprises ou d’une branche. C’est ce qui s’appelle l’inversion de la hiérarchie des normes.

Le Code du travail : d’ici à deux ans il va être réécrit par une commission. Avec cette inversion de la hiérarchie des normes, les accords de branches ou d’entreprises vont pouvoir prendre le pas sur le droit du travail actuel. La loi travail prévoit notamment que des accords dit de « préservation ou développement de l’emploi » puissent être signés au niveau des entreprises, allongeant la durée du travail, réduisant le salaire ou remettant en cause les primes. Un refus équivaudra à un licenciement.

Les licenciements : ils sont rendus plus faciles avec le leitmotiv de la compétitivité. Les critères permettant le licenciement économique seront différents selon la taille des entreprises et s’apprécieront en fonction, par exemple, de « baisses significatives des commandes ou du chiffre d’affaire ».

La médecine du travail : la visite obligatoire à l’embauche et la visite biennale sont supprimées, remplacées par une visite d’information et de prévention.

La mise en place du Compte personnel d’activité : mis en place à partir de janvier 2017 pour toutes les personnes à l’entrée de la vie professionnelle (y compris pour les salarié-e-s du public) il comprend le compte personnel de formation, le compte pénibilité et le compte d’engagement citoyen. Ce nouveau livret ouvrier, auquel les employeurs/euses auront accès est une individualisation des droits à la formation et des rémunérations, indépendamment de toutes les conventions collectives, rendant le ou la salarié-e responsable de son "employabilité" et donc de ses périodes de chômage pour le ou la rendre plus flexible en s’adaptant aux besoins du patronat.

Et dans l’éducation nationale ?

Cette réforme du code du travail ne va pas toucher tout de suite les fonctionnaires et les contractuel-le-s de droit public, mais il y a bien des personnels de l’éducation nationale qui sont sous contrat de droit privé de type Contrat unique d’insertion : AVS, AED, agent-e-s de la région et du département.

Avec la multiplication de ces contrats précaires on assiste clairement à une généralisation des contrats de droit privé dans les établissements.
Les personnels vont être directement touché-e-s par cette réforme.

D’autre part, un regard sur les précédentes « réformes » suffit à comprendre la logique qui consiste à s’en prendre d’abord au privé pour ensuite attaquer le public, prétextant qu’il est privilégié. Prenons l’exemple des retraites : en 1993 rallongement de la durée de cotisation imposé aux salarié-e-s du privé, en 1995 échec de la tentative de l’étendre au public sous la pression de longues grèves, mais en 2003 Fillon l’impose.

Les récentes déclarations unanimes des politiques sur le temps de travail des fonctionnaires annoncent d’ailleurs la couleur sur une augmentation du temps de travail dans la fonction publique dans un avenir proche.

Article complet ici: http://www.sudeducation.org/Contre-la-loi-Travail-et-son-monde-6652.html

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 07:18

Des modifications au niveau de l’administration : M. Chotteau (IENA) est remplacé par M. Foureau qui assure l’intérim en attendant un nouvel IENA. Mme Forêt remplace M. Guitter et devient donc secrétaire générale. Mme Leborgne est nommée chef du SPM.

Par ailleurs, un nouveau recteur a été nommé. Il s’agit de M. Denis Rolland.

  • Déclarations préalables des 3 syndicats présents : FSU, UNSA et SUD éducation.
  • Approbation du CR du CTSD de juin.
  • Bilan de rentrée dans le premier degré :
    • 3 ouvertures votées à l’unanimité
      • à Male/La Rouge
      • à Randonnai
      • à Hauterive.
    • Un comptage va être effectué à Vingt Hanaps pour éventuel ajustement.
    • La fermeture de la SEGPA de Vimoutiers est différée. Elle sera effective à la rentrée 2017.
  • Il y a un fort déficit de personnels cette année, ce qui a pour conséquences :
    • un recrutement sur liste complémentaire. Ces personnels seront affectés sur des postes de brigade et seront assistés des MAT et des conseillers pédagogiques.
    • La brigade devait être augmentée de 3 postes, elle ne le sera que de 2.
    • Les postes qui n’ont pas été pourvus faute de personnels seront assurés par des brigades. Etant nommés à l’année, ces brigades ne toucheront pas d’indemnités de déplacement.
  • Bilan de rentrée dans le second degré :
    • Fermeture de la SEGPA de Vimoutiers différée
    • Ouverture ULIS à Domfront (Jacques Prévert)
    • Ouverture SEGPA à Flers (Jean Monnet)
    • Ouverture d’une division à Moulins la Marche (André Collet)
    • Fermeture d’une division à Tinchebray (Albert Camus)
    • Fermeture d’une division à La Ferté Macé (Jacques Brel)
    • Une ouverture d’une division 4e est à l’étude au collège Louise Michel à Alençon.
  • Questions diverses :
    • Les implantations d’EVS ne se feront que quand les besoins en notifications MDPH seront assurés.
    • Mesures de sécurité anti-intrusions : les exigences de l’administration répondent aux instructions ministérielles cumulées du Ministère de l’Intérieur et de celui de l’Education Nationale. Il s’agit surtout de rassurer les parents et d’être prêts au cas où. Les directeurs n’ont pas d’obligation de fournir leur numéro de téléphone mobile. Il sera demandé celui d’un adjoint en cas de refus du directeur. Une réunion de directeurs aura lieu entre le 15 et le 30 septembre. Pour le département, la responsable sécurité est Mme Despierres et la responsable sûreté Mme Forêt.
    • Les secteurs des psychologues scolaires ayant été redécoupés, leur enveloppe « frais de déplacement » sera redéfinie.
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 07:16

C’est une rentrée particulièrement difficile que nous vivons dans l’Orne. Il reste de nombreux postes non pourvus, souvent pris en charge par des brigades. Envisagez-vous de recruter sur liste complémentaire ? Dans le cas contraire, que va-t-il se passer pour les arrêts maladie, les congés maternité, les stages de formation continue ?

Par ailleurs, qu’est-il prévu pour l’accompagnement de la mise en place de la refondation ? Quand le livret numérique sera-t-il prêt ? Ne s’agit-il pas à nouveau de vouloir agir trop vite, sans préparation et sans laisser de temps aux enseignants pour la mise en place de ces changements !

Et que dire de la persistance dans notre département de l’annualisation du temps de travail des AVS ? Alors que de nombreuses académies font appliquer l’obligation de faire travailler ces personnels 20h par semaine, notre académie reste sourde !

La communication ministérielle de cette rentrée scolaire est orientée sur les questions sécuritaires, avec des mesures forcément inefficaces, anxiogènes, parfois dangereuses pour les libertés publiques. Les effets d’annonce sur les salaires et sur les effectifs ne répondent pas aux attentes des personnels. Non, la rentrée 2016 ne s’annonce pas meilleure que les précédentes ! Les élèves et les personnels vont subir la réforme du collège, les modalités de mise en place des nouveaux programmes, les effets de la réforme des rythmes scolaires, la territorialisation de l’école, les sureffectifs, la casse de l’éducation prioritaire… Et dans quelques semaines la réforme annoncée de l’évaluation des enseignant-e-s.

Publiés au mois d’août au journal officiel, deux décrets concernant les rythmes scolaires institutionnalisent dans la partie réglementaire du code de l’éducation l’ensemble des dispositions dérogatoires du décret Hamon, généralisent les PEDT (projet éducatif territorial) et entérinent les taux d’encadrement des élèves pour les activités périscolaires. Alors que cette réforme ne présente aucun bénéfice ni pour les apprentissages des élèves ni pour leurs activités périscolaires, le ministère pérennise des dispositions introduites au départ à titre expérimental contre l’avis des personnels enseignants et d’animation. Si les dérogations du décret Hamon ont parfois été accueillies positivement, comme une possibilité d’éviter les pires effets de la réforme Peillon, elles ne changent pas le fond de cette réforme et elles n’effacent pas ses effets néfastes pour les conditions de travail des personnels et pour les conditions d’apprentissage des élèves et ont même créé de nouvelles difficultés. Quant à l’augmentation des taux d’encadrement pour les activités périscolaires, elle est unanimement refusée par les personnels d’animation. Face aux surcoûts que représente la réforme des rythmes, pour les collectivités territoriales, ces mesures n’ont d’autre but que de leur permettre de faire des économies. En effet réunir sur un après-midi les activités périscolaires répond bien souvent aux préoccupations budgétaires des mairies. Les dispositions Hamon poussent à généraliser des journées de 6 heures voire plus, à l’encontre des motivations supposément chrono-biologiques de la réforme. Tout comme les taux d’encadrement élevés dégradent les conditions d’accueil et de sécurité des enfants ainsi que les conditions de travail des animateur-trice-s Cette réforme reste donc néfaste pour les élèves, les enseignant-e-s et les animateur‑trice‑s. C’est pourquoi SUD éducation continue de revendiquer son abrogation.

Mais pour gagner dans notre champ professionnel, c’est avec le reste du monde du travail qu’il faut combattre. Aujourd’hui c’est la loi travail qui est en ligne de mire. Elle constitue une régression historique des droits des salarié-e-s. L’inversion de la hiérarchie des normes est un problème central, mais c’est l’ensemble du projet qui doit être retiré, pas seulement l’article 2. Derrière cette attaque du code du travail, il est évident que c’est la remise en cause du statut de la fonction publique qui se profile. Les grèves et les manifestations du 1er semestre 2016 contre la loi travail ont été massives. Pendant les vacances des actions et pôles d’information se sont mis en place. Le gouvernement a voulu passer rapidement et autoritairement avec l’utilisation du 49.3. Il a joué la carte de la répression à outrance. Cela n’a pas du tout entamé la détermination des travailleurs-euses. C’est pourquoi la mobilisation reprend de plus belle le 15 septembre. La Fédération SUD Education appelle à y participer massivement.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 19:18

Apprentissages et activités périscolaires, c’est toujours la galère !

Publiés au moins d’août au journal officiel, deux décrets concernant les rythmes scolaires institutionnalisent dans la partie réglementaire du code de l’éducation l’ensemble des dispositions dérogatoires du décret Hamon, généralisent les PEDT (projet éducatif territorial) et entérinent les taux d’encadrement des élèves pour les activités périscolaires.

Aucune amélioration des conditions apprentissages

Alors que cette réforme ne présente aucun bénéfice ni pour les apprentissages des élèves ni pour leurs activités périscolaires, le ministère pérennise des dispositions introduites au départ à titre expérimental contre l’avis des personnels enseignant et d’animation.

Si les dérogations du décret Hamon ont parfois été accueillies positivement, comme une possibilité d’éviter les pires effets de la réforme Peillon, elles ne changent pas le fond de cette réforme et elles n’effacent pas ses effets néfastes pour les conditions de travail des personnels et pour les conditions d’apprentissage des élèves et ont même créé de nouvelles difficultés.

Quant à l’augmentation des taux d’encadrement pour les activités périscolaires, elle est unanimement refusée par les personnels d’animation.

Des économies pour les mairies

Face aux surcoûts que représente la réforme des rythmes, pour les collectivités territoriales, ces mesures n’ont d’autre but que de leurs permettre de faire des économies.

En effet réunir sur un après-midi les activités périscolaires répond bien souvent aux préoccupations budgétaires des mairies.

Les dispositions Hamon poussent à généraliser des journées de 6 heures, à l’encontre des motivations supposément chrono-biologiques de la réforme.

Tout comme les taux d’encadrement élevés dégradent les conditions d’accueil et de sécurité des enfants ainsi que les conditions de travail des animateur-trice-s.

Des inégalités territoriales renforcées

Un cadre dérogatoire permet d’organiser des semaines de moins de 24 heures d’enseignement par semaine. L’allègement des semaines en raccourcissant les vacances crée un cadre horaire global sur l’année, ce qui va vers l’annualisation du temps de travail des personnels. Cela permet aux communes d’adapter le calendrier des vacances et renforce la territorialisation de l’école au détriment de l’égalité des élèves et des personnels sur le territoire.

Cette réforme reste donc néfaste pour les élèves, les enseignant-e-s et les animateur trice s.

C’est pourquoi SUD éducation continue de revendiquer son abrogation.

Réformer les rythmes scolaires nécessite une réflexion plus large sur l’école avec :

  • La réduction les effectifs par classe.

  • Des programmes dont les contenus laissent du temps à la manipulation, l’expérimentation, la recherche

  • La possibilité d’un réel travail en équipe et la mise en place de pédagogies coopératives.

  • La différenciation entre le temps de travail des PE (professeur-e-s des écoles) devant élèves et le temps d’enseignement pour les élèves (18 h devant élèves + 6 h de concertation, travail en équipe...) sans porter atteinte au principe de polyvalence qui permet une vision globale du fait éducatif.

  • Plus de PE que de classes, plusieurs PE par groupe élèves, renforcement du travail en équipe, regards croisés sur les élèves et les pratiques

  • La différenciation de l’organisation du temps et des activités scolaires selon l’âge des enfants.

Une formation à la hauteur des attentes des personnels.

Autant de revendications qui vont dans le sens de notre projet d’une autre école dans une autre société, égalitaire et autogestionnaire.

SUD éducation appelle à signer la pétition contre la casse des conditions de travail dans le périscolaire.

Elle revendique la fin des expérimentation pour revenir à des taux d’encadrement de 1 pour 10 enfants de moins de 6 ans et de 1 pour 14 enfants de plus de 6 ans.

https://www.change.org/p/periscolai...

Published by SUD 61
2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 10:55

Et n'oubliez pas que nous sommes là pour vous aider, vous écouter et vous soutenir. En cas de soucis, problèmes, désagréments... N'hésitez pas à nous contacter, par mail, téléphone ou Facebook. Nous pouvons aussi passer dans votre école, n'hésitez pas à nous solliciter!

Et n'attendez pas que la situation empire!

L'équipe SUD 61

Published by SUD 61
2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 10:52
Dans un contexte nauséabond, action collective et solidarité !

La rentrée se déroule dans un climat politique délétère de surenchère sécuritaire. En quoi la prolongation de l’état d’urgence constitue-t-il un moyen de lutte efficace contre les attentats ? L’empathie que nous avons pour les victimes, où qu’elles soient, ne nous empêche pas de discuter du bien-fondé des politiques mises en œuvre à l’intérieur et à l’extérieur de la France. Les politiques actuelles participent à une évolution raciste des comportements, du traitement médiatique de l’actualité, et des institutions.

Nous devons combattre tous les racismes, toute stigmatisation des personnes cataloguées « arabes » ou « musulmanes » et la façon dont sont aujourd’hui traité‑e‑s les migrant-e-s, à qui on refuse des droits élémentaires. Ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire utilisent toutes les ficelles en tentant de détourner l’attention du public des droits démocratiques et des questions sociales : les politiques d’austérité, qui consistent à prendre aux classes populaires pour faire exploser les dividendes des plus riches (+11% en un an), touchent tous les secteurs.

En reprenant nos mobilisations, à travers nos actions, nos revendications, notre volonté de transformation sociale radicale, nous pouvons redonner sens à l’action collective et force à ceux et celles qui n’ont rien, pour ouvrir la voie à un véritable projet alternatif de société solidaire.

8 septembre : grève dans l’éducation !

La communication ministérielle de cette rentrée scolaire est orientée sur les questions sécuritaires, avec des mesures forcément inefficaces, anxiogènes, parfois dangereuses pour les libertés publiques.

Pourtant, dans notre secteur, les effets d’annonce sur les salaires et sur les effectifs ne répondent pas aux attentes des personnels. Non, la rentrée 2016 ne s’annonce pas meilleure que les précédentes ! Les élèves et les personnels vont subir la réforme du collège, les modalités de mise en place des nouveaux programmes, les effets de la réforme des rythmes scolaires, la territorialisation de l’école, les sureffectifs, la casse de l’éducation prioritaire… Et dans quelques semaines la réforme annoncée de l’évaluation des enseignant-e-s.

C’est pourquoi la fédération SUD éducation appelle l’ensemble des personnels à faire grève le 8 septembre. Revendiquons des mesures d’urgence pour la rentrée : des créations de classes pour faire baisser les effectifs, les recrutements des personnels nécessaires – à commencer par le réemploi et la titularisation sans condition des précaires.

15 septembre : mobilisation interprofessionnelle contre la loi travail et son monde !

Pour changer les rapports de force c’est avec le reste du monde du travail qu’il faut combattre. La loi travail constitue une régression historique des droits des salarié‑e‑s. Derrière cette attaque du code du travail, il est évident que c’est la remise en cause du statut de la fonction publique qui se profile. Le gouvernement a voulu passer rapidement et autoritairement avec le 49.3 et la répression. Cela n’a pas entamé notre détermination. La mobilisation reprend le 15 septembre. La Fédération SUD éducation appelle à y participer massivement.

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 09:33

Déclaration de la fédération SUD Education

Publié le lundi 4 juillet 2016 sur http://www.sudeducation.org/Synthese-des-bilans-sur-la-reforme.html

La réunion du 4 juillet est l’occasion pour le ministère de présenter une synthèse auto satisfaite des réunions du bilan des réformes des lycées. Dès la séance de lancement en janvier, le cabinet avait clairement posé les limites de l’exercice, celui-ci ne pouvant aboutir qu’à des modifications à la marge. Dans ce cadre il n’y a donc pour nous aucune illusion à entretenir auprès de nos collègues.
Le document de bilan communiqué aux organisations syndicales la veille au soir pour le lendemain ne permet pas un débat préparé. L’invitation faite aux organisations syndicales de proposer sur cette base des aménagements de la réforme pour octobre 2016 ne peut nous satisfaire, car nous contestons les principes même de la réforme Chatel, que ce document ne remet nullement en cause.

"Autonomie" des établissements ou compétition généralisée ?

Les conditions de travail se dégradent pour les enseignant-es comme pour les élèves, avec des emplois du temps de plus en plus éclatés, et pour les collègues du travail d’équipe, non rémunéré statutairement, par exemple pour les enseignements d’exploration. La concurrence entre disciplines que nous prédisions est confirmée. La répartition des 10 heures globalisées en seconde et des 6 à 10 heures globalisées selon les séries du cycle terminal est l’objet, au mieux de tensions, au pire de conflits ouverts, pour obtenir une partie de ces heures à "groupes réduits". En langue vivante l’enveloppe de 4 heures 30 est ainsi à partager localement. Les tentatives de faire financer certaines options sur le volant d’heures globalisées sont légions. La mise en concurrence par des choix locaux des établissements, des collègues et des disciplines est une réalité partout, variable selon la résistance collective.

L’accompagnement "personnalisé" (AP) inefficace pour aider les élèves

Le dispositif pose le problème de l’égalité entre élèves dans la mesure où chaque élève doit normalement bénéficier de 2 heures d’AP par semaine. Cela signifie qu’il faut faire l’AP en classe entière et renoncer à la "personnalisation", ou le plus souvent que les élèves ne bénéficient pas tous et toutes de l’AP selon les horaires prévus règlementairement.
En première et en terminale, la possibilité d’ancrer l’AP sur les disciplines phares de la série limite un peu les dégâts ; on a, dans le meilleur des cas, affaire à un soutien ou à de la méthodologie disciplinaire. Dans toutes les situations, ce dispositif consacre une inégalité totale entre lycées et entre élèves ; ceci sans réponse à leurs difficultés, qui ne sont plus du tout prises en compte depuis la disparition de "l’Aide individualisée", qui était déjà très insuffisante, et des dédoublements nationaux.
Filiarisation et diminution de l’offre de formation :

Trois ans après la mise en place de la réforme, aucun rééquilibrage n’est constaté et on assiste à une poussée, des demandes d’orientation en série scientifique. Les enseignements d’exploration n’ont pas permis, comme cela était annoncé, la mise en place d’une véritable seconde indifférenciée. On observe la reconstitution de classes à profil ou à niveau, les lycées ayant souvent organisé leurs classes de seconde selon les choix d’EE. On aboutit par ailleurs à ce que nous dénoncions en 2009 : une mise en concurrence des établissements. En effet le nombre d’EE proposés, d’un établissement à l’autre, est très variable. Les EE, qui ont été mis en place au détriment d’autres enseignements, notamment ceux d’économie (SES et PFEG) dont l’horaire en seconde a été réduit de moitié, accroissent les inégalités entre lycées et au sein d’un même lycée.
Dans la voie technologique, la refonte totale des séries STI et STL a été l’occasion d’un véritable jeu de massacre : on est passé d’une vingtaine de spécialités à seulement deux bacs, tout en imposant la polyvalence ou une reconversion forcée aux collègues dont les disciplines disparaissaient, sans aucune amélioration des conditions d’enseignement et d’apprentissage, et avec des effectifs par classe en augmentation.

Dans ce contexte les interrogations des réunions institutionnelles sur le baccalauréat

jugé trop complexe dans son organisation, la préférence pour des formes de contrôle en cours de formation ne peut que nous inquiéter. Même si la question de l’évaluation fait partie des chantiers de réflexion de notre syndicat, nous réaffirmons que dans le système actuel, le maintien du bac comme examen national, correspondant au premier grade universitaire est une nécessité pour éviter la généralisation de la sélection pour accéder au supérieur.

Au-delà des projets des collègues qui utilisent parfois les heures d’EE et l’AP au mieux, il faut se rappeler que cette réforme a supprimé des postes et des heures, et nous installe dans une logique de concurrence et de filière. Tant qu’il y aura des filières dont l’objet est de trier et de sélectionner les élèves, la logique de hiérarchie des filières existera. Vouloir "rééquilibrer" les filières en accentuant leur différenciation est un jeu de dupe.
C’est l’inverse du projet de lycée polyvalent et émancipateur que nous défendons.

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 18:32

Monsieur le recteur

Les organisations syndicales représentatives de l'académie de Caen se trouvent face à une situation inédite et inquiétante qui nous pousse à intervenir aujourd'hui devant vous. Nous constatons en effet au sein des services du rectorat une ambiance pesante, qui s'alourdit de jour en jour.

Depuis plusieurs mois, des histoires circulent.

On y entend des cris et des portes qui claquent.

Des mots forts y sont prononcés : « humiliation », « harcèlement », « souffrance ».

Des collègues quittent la scène ; beaucoup d'ailleurs envisagent un départ.

Et chose encore plus inquiétante, si nombre de ces récits sont confirmés par les principaux intéressés, la plupart du temps c'est sous couvert d'anonymat, « par peur de représailles » nous dit-on. « Lesquelles » interrogeons-nous ? « On ne sait pas, mais mieux vaut être prudent » nous répond-on.

Cette ambiance pour le moins délétère se diffuse petit à petit au sein de tous les services du rectorat, et aussi sur l'ensemble du territoire de l'académie. Les personnels des directions académiques, ceux des établissements scolaires, commencent à se poser des questions. Le rectorat de Caen n'est pas un organisme isolé. Tout ce qui s'y passe finit par avoir un impact dans toute la Basse-Normandie.

Vous comprenez, nous l'espérons Monsieur le recteur, notre inquiétude. Il est impossible pour nous, en tant qu'organisations syndicales et aussi en tant qu'acteurs sociaux, de laisser perdurer cette situation. Nous serons reçus demain par vous-même, à notre demande, pour en discuter.

Il ne s'agit pas d'une ou deux situations individuelles, mais bien d'un problème qui potentiellement touche tout le fonctionnement de notre académie.

Celle-ci Monsieur le recteur a son histoire, longue, sa culture, complexe, sa richesse faite de l'expertise et de la diversité de ses personnels. Ceux qui passent ajoutent leur marque et leurs compétences, pèsent sur les évolutions qui sont nécessaires. Mais ils passent, à des rythmes différents. On ne peut pas avoir un chamboulement de toute l'organisation dès qu'une tête nouvelle apparaît, « parce qu'on faisait différemment » sur son poste précédent.

Les adaptations, les améliorations sont nécessaires, vitales mêmes pour continuer à offrir un service public de qualité. Cependant tout changement doit se faire dans le respect du professionnalisme et de la santé des personnels.

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