1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 23:09

Le premier ministre a annoncé qu’à partir de la rentrée lundi 2 novembre tou-te-s les élèves à compter de 6 ans sont dans l’obligation de porter un masque à l’école.

C’est la seule mesure nouvelle annoncée par le gouvernement alors que la circulation du virus est hors de contrôle et que le confinement est une nouvelle fois décrété.

Le port du masque chez les jeunes enfants ne va pas sans poser de questions.

Tous les personnels du premier degré savent que les élèves ne seront pas en capacité de porter le masque continuellement sans le toucher, ou le mettre correctement, sans parler de le ranger et que le port du masque risque d'être anxiogène pour les plus jeunes.

De même, tous et toutes savent que la lecture labbiale comme les expressions faciales sont essentielles à l’apprentissage de la lecture et à la phonologie.

De plus, tout comme pour les élèves du secondaire, les masques sont à la charge des familles, qui doivent se les procurer en urgence. Un masque devant être changé toutes les 4 heures, il s’agit d’un coût exhorbitant , en particulier pour les familles des classes populaires, sur qui en cas de défaillance le gouvernement fera peser la responsabilité des contaminations. C’est à l’État de prendre ses responsabilités et de fournir les masques !

La mesure immédiate indispensable que revendiquent SUD éducation et l’intersyndicale pour limiter les contaminations dans les écoles et éviter au maximum les fermetures qui sont une catastrophe au plan pédagogique est le dédoublement des classes avec une adaptation de l’emploi du temps des élèves.

Rapidement, il faut que le ministère recrute massivement de nouveaux personnels pour éviter les effectifs en surnombre en raison des nombreux personnels qui seront placés en autorisation d’absence car vulnérables ou cas contacts, et placés en congé maladie. Cela passe par le recrutement immédiat des personnels sur liste complémentaire aux concours, et la titularisation à temps plein des contractuel-le-s.

SUD éducation revendique :

le dédoublement des classes

l’ouverture des listes complémentaire, et la titularisation à temps plein des contractuel-le-s

la gratuité des masques pour tou-te-s les élèves

SUD éducation appelle les personnels à se réunir en AG et à mettre au vote la grève pour obtenir satisfaction concernant les garanties sanitaires nécessaires, à commencer par les dédoublements.

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 22:59

https://www.sudeducation.org/lettre-aux-instituteurs-et-institutrices-de-jean-jaures-fiches-et-analyses/

Le ministre utilise la Lettre aux instituteurs et institutrices de Jean Jaurès pour rendre l’hommage à notre collègue Samuel Paty, effroyablement assassiné. L’impréparation absolue du ministère pour défendre la santé des élèves et des personnels en pleine crise sanitaire dénote avec la méticuleuse sélection des mots de Jean Jaurès. Le caviardage de la Lettre ainsi que l’absence dans le dossier pédagogique de la dimension politique de Jaurès sont l’expression d’une volonté politique de récupération de la part de Blanquer.

Sans aucune volonté de mythifier Jean Jaurès, vous trouverez ci-dessous quelques éléments d’analyse de SUD éducation.

1. Oubli du mot institutrice

Dans son message aux professeurs et personnels de l’éducation nationale, envoyée le 31 octobre, Blanquer parle de “la lettre aux instituteurs de Jean Jaurès”. Pourtant le titre de la publication parue le 15 janvier 1888 dans La Dépêche de Toulouse est bien La Lettre aux instituteurs et institutrices. Le ministre, attaché à son courant réactionnaire, prend ainsi la liberté d’adapter le titre de la lettre invisibilisant ainsi 80 % des personnels de l’éducation nationale.

2. Oubli de la phrase sur l’attaque au système des examens

Le ministère a publié sur le site eduscol une version courte et une longue de La Lettre aux Instituteurs et Institutrices selon l’âge des élèves. Cependant, les deux versions sont amputées du passage suivant :

« J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! »

Cette phrase résonne singulièrement avec le projet d’école de Blanquer : des évaluations nationales imposées aux élèves et personnels, réforme du baccalauréat et du lycée, épreuves de contrôle continu dans le déni des besoins des élèves, des familles et personnels, parcoursup.

3. Oubli de l’anticolonialiste

Jean Jaurès est un contemporain des guerres de conquêtes coloniales. S'il a d'abord adhéré à un discours "civilisateur" justifiant le colonialisme européen, il a vite pris la mesure des crimes commis en son nom et a évolué vers

un anticolonialisme déterminé.

En 1911, dans L'Humanité, il appelle à « d’énergiques mesures de réparation » pour les populations qui subissent le colonialisme : « en Tunisie, comme en Algérie, comme au Congo, comme au Maroc, c’est en les pillant que des milliers d’aventuriers s’enrichissent ».

Il n'hésite pas à déclarer en février 1912 devant la Chambre des députés, dans le con

texte de la Guerre du Maroc : « Une fois de plus, c’est le préjugé d'ignorance qui vous mène. C’est à vous, à la France, à toute la France pensante, qu’il faudrait enseigner ce qu'est cette civilisation arabe que vous ignorez et méprisez, ce qu’est cette admirable et ancienne civilisation. À laquelle les pays européens, je dis bien les pays européens, viennent montrer le visage hideux de l’invasion et de la répression. »

Aujourd'hui, Jean-Michel Blanquer préfère dénoncer "l'islamo-gauchisme" et la "pensée intersectionnelle et décoloniale" qui feraient “des ravages à l'université".

4. Oubli du pacifisme

Jean Jaurès, pacifiste européen, assassiné lors d’un attentat d’extrême-droite pour son pacifisme, est récupéré par Blanquer et le gouvernement qui usent d’un ton martial et déclarent la mobilisation générale contre un ennemi à chaque intervention médiatique.

5. Oubli du défenseur de l’intérêt général contre le pouvoir de l’argent

Jean Jaurès fut le défenseur de journalistes accusés d’outrage au Président de la République. Il évoquait alors un président “ami des banquiers et des patrons de presse, faux patriote et vrai coquin”…

 

Quand il dit : « Mais qu’est-ce donc que le patriotisme ? Consiste-t-il à prodiguer à tout propos le mot de patrie ? […] le patriotisme consiste à subordonner l’intérêt particulier à l’intérêt général. Mais lorsqu’une oligarchie puissante abuse de son pouvoir d’argent pour subordonner au contraire l’intérêt général à l’intérêt particulier ».

Aujourd’hui, le ministre Blanquer soutient ouvertement le secteur éducatif privé, démantèle le service public d’éducation, conclut des contrats aux montants colossaux avec les multinationales du numérique.

6. Oubli du soutien de la lutte des classes

Jean Jaurès opposé au Ministre de l’intérieur de l’époque, Georges Clémenceau garant de l’ordre sanglant face à une « violence ouvrière » va en 1906 rappeler que la véritable violence est celle des capitalistes ;

Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. […]

Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.

Le ministre Blanquer, qui cherche sans cesse à criminaliser les mouvements sociaux et les luttes des personnels de l’Éducation est une image de ministre au service de capitalistes et de la répression des mouvements sociaux.

7. Oubli du partisan de la grève générale

Jean Jaurès soutient des syndicalistes comme Jules Durand, condamné à mort en raison de son activité syndicale avant de voir sa peine révisée. Jaurès parlera de la décision de justice comme d’un « crime de la raison d’État capitaliste”.

Jaurès défend les 14 et 15 juillet 1914 l’idée de la grève générale simultanée dans tous les pays, de rassembler tous les peuples pour contrer la guerre. Une partie de la presse française de l’époque déforme ses propos l’accusant de faire le jeu de l’Allemagne.

La récupération de la figure et des écrits de Jaurès par un gouvernement dont les propos indignes contribuent à légitimer et libérer la parole et l’idéologie de l’extrême-droite est intolérable.

Défendre la laïcité ainsi que la neutralité du service public d’éducation et de la recherche sont justement l’expression de la solidarité et du combat contre le fanatisme et l’obscurantisme. Ce sont justement les organisations étudiantes et les organisations syndicales qui luttent depuis toujours contre les discriminations, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, les oppressions de genre dans la société. Le ministre essaie avec malhonnêteté intellectuelle de s’approprier une figure du mouvement ouvrier.

Annexe : texte intégral de la lettre

Aux instituteurs et institutrices

Jean Jaurès. La Dépêche – 15 janvier 1888

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais bien quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage. J’entends dire, il est vrai : A quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subite, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine.

Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel. J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble.

De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’œuvre des siècles, de lui faire mesurer l’effort inouï de la pensée humaine !

Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est mal aisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous. Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser.

Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idée. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur. Je dis donc aux maîtres pour me résumer, lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs.

Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et ce jour-là bien des choses changeront.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 21:11

Jean-Michel Blanquer a dénoncé, dans la presse comme à l’Assemblée nationale "l'islamo-gauchisme" qui ferait “des ravages à l'université". Il s’est particulièrement attaqué à l'Unef.

Ce type de propos indignes qui occupent l'espace médiatique à toute heure et sur toutes les antennes, sont d'autant plus graves que les groupuscules d'extrême-droite qui agissent de plus en plus ouvertement sur les campus s’appuient dessus.

Les organisations étudiantes et les organisations syndicales qui luttent contre les discriminations, le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie, les oppressions de genre dans la société, et défendent la laïcité ainsi que la neutralité du service public d’éducation et de la recherche sont justement l'expression de la solidarité et du combat contre le fanatisme et l'obscurantisme. S'il faut trouver des "complicités intellectuelles" avec les thèses d'extrême-droite, c'est dans les propos du ministre qu'il faut les chercher.

 

SUD éducation condamne les propos de Jean-Michel Blanquer et assure de son soutien l’Unef et ses militant-e-s.

SUD éducation le répète avec force : nous condamnons toutes les généralisations, stigmatisations et récupérations réactionnaires du drame de Conflans Ste Honorine.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 21:10

L’assassinat de Samuel Paty a bouleversé la profession. Une question qui se pose très largement parmi les collègues est celle de savoir s’il a été convenablement protégé. Au-delà se pose la question plus générale de la protection des personnels.

L’enchaînement des événements, que l’on connaît par le biais d’une note du renseignement territorial publiée dans les médias, est éclairant. Dès le 5 octobre, les pressions diverses exercées par des parents d’élèves, par le biais de rendez-vous, d’appels téléphoniques ou sur les réseaux sociaux se multiplient. La direction de l’établissement a alerté les services académiques, qui ont apporté comme réponse la mobilisation de l’équipe “Valeurs de la République”, et lui ont conseillé de revenir sur la séance en classe avec les élèves pour lever les ambiguïtés. Par la suite, la direction a accompagné le professeur dans son dépôt de plainte. 

Nous constatons qu’à aucun moment, semble-t-il, la protection fonctionnelle n’a été proposée à Samuel Paty. Or elle correspondait à la situation. Le statut général des fonctionnaires prévoit ainsi dans son article 11 que “La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée”. L’administration est donc tenue de mettre les agent-e-s à l’abri, et de compenser les préjudices subis. Ce droit à la protection fonctionnelle est valable aussi pour les agent-e-s contractuel-le-s.

Le droit à la protection fonctionnelle est consubstantiel au statut des agents publics : on ne choisit pas ses collègues ni son public. On a donc droit à être protégé d’eux et elles en cas de difficultés. Pourtant, ce droit est trop régulièrement dénié lorsqu’il est demandé par les agent-e-s, quelque soit le type d’agissement, et notamment les violences sexistes et sexuelles au travail. 

Pour SUD éducation, c’est sur ce dispositif, au centre de la relation hiérarchique, qu’il faut aujourd’hui travailler. Les dispositifs divers qui ont été inventés ces dernières années ou qui sont évoqués aujourd’hui dans le débat public (brigades laïcité, formulaires de signalement d’atteintes à la laïcité, numéros verts) ont en commun de faire miroiter de fausses solutions et de diluer la responsabilité de l’institution. Outre ce que l’on peut reprocher par ailleurs à tout ou partie de ces dispositifs (stigmatisation, climats de délation par exemple), il faut reconnaître les faits : ils ne protègent pas les personnels. 

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 21:10

Le ministère a finalement dévoilé ses propositions sur les salaires aux organisations syndicales le 13 octobre. Sur les 400 millions d’euros consacrés à cette augmentation des seuls personnels enseignants, 396 serviront à des primes. Ce ne sont que des miettes jetées par le ministre Blanquer qui promettait encore des milliards consacrés à l’augmentation des salaires des personnels il y a moins d’un an.

Il s’agit tout d’abord d’une “prime d’attractivité” qui serait versée aux enseignant-e-s en début de carrière, seulement après leur titularisation. Selon les scénarii, il s’agit d’une prime au montant dégressif, versée durant les 9, 12, 14, 18 premières années d’enseignement.

Dans le meilleur des cas, la prime ne sera attribuée selon l’aveu du ministère qu’à 42% des enseignant-e-s, et encore dans cette hypothèse à des montants ridicules pour les personnels avec le plus d’ancienneté, de l’ordre de 35 euros par mois pour un-e PE, 21 euros pour un-e agrégé-e si les primes étaient différenciées selon les corps.

Quant aux enseignant-e-s contractuel-le-s, ils et elles ne percevraient qu’une prime forfaitaire de 50 à 66 euros nets mensuels.

Il s’agit ensuite d’une “prime d’équipement” de 150 euros nets, versée annuellement à tous les personnels, dont les contractuel-le-s embauché-e-s pour au moins une année scolaire. Cette prime ne serait versée, en une fois, qu’à partir de septembre 2021. Pour SUD éducation, cette prime, bien que faible, est une avancée. Mais ne doit pas dispenser le ministère d’indemniser les personnels pour le travail à distance réalisé durant toute la période du confinement.

Ces primes ne rattraperont en aucun cas la décennie de stagnation des salaires de tous les personnels de la fonction publique. SUD éducation exige que ces primes soient intégrées au salaire, afin qu’elles entrent dans l’assiette des cotisations pour la retraite ou l’arrêt-maladie.

Pour SUD éducation, il faut construire dès maintenant la mobilisation pour gagner une augmentation de la rémunération pour tous les personnels sans contrepartie, qui se traduirait immédiatement par :

  • l’indexation des salaires sur l’inflation pour garantir le maintien du niveau de vie des personnels les moins bien rémunérés ;

  • l’intégration des primes et indemnités au salaire ;

  • une augmentation significative des salaires, d’autant plus forte que le salaire de l’agent-e est bas, pour réduire les inégalités salariales.

SUD éducation revendique également dans le cadre du projet d’égalité salariale qu’elle porte :

  • avec l’Union syndicale Solidaires, une augmentation du Smic à 1700€ nets ;

  • la titularisation sans condition de concours ni de nationalité de tous les personnels contractuels de l’Éducation nationale.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 21:08

Suite à l’assassinat de notre collègue Samuel Paty vendredi, dans les Yvelines, un rassemblement a été organisé dimanche sur la place de la République à Paris et un peu partout en France. À l’initiative de SUD éducation, une intersyndicale éducation s’est tenue et a produit un communiqué appelant à participer aux différents rassemblements. Pour témoigner de leur solidarité en cette période de recueillement, mais aussi pour ne pas laisser la place aux généralisations, stigmatisations et récupérations réactionnaires de ce drame, les militantes et militants de SUD éducation étaient présent-e-s dans ces rassemblements.

Pour les enseignant-e-s, la question de la préparation de la rentrée se pose dorénavant avec acuité. Dans différentes académies se tiennent des réunions institutionnelles pour préparer, organiser la rentrée des vacances d’octobre avec la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty et des échanges à mener dans les classes.

Pour SUD éducation, après ce drame, les besoins exprimés par les personnels sont claires :

  • un besoin de protection de la part de l’administration, notamment par le biais de la protection fonctionnelle en cas de menaces ;
  • un besoin d’accompagnement pour les élèves et de renforcement de la communauté éducative par l’intervention de psychologues scolaires, d’assistant-e-s sociales·aux ;
  • un besoin de formation et un besoin d’échanges, entre adultes mais aussi entre adultes et enfants.

Pour SUD éducation le « cadrage national strict » évoqué par Jean-Michel Blanquer s’agissant de la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty n’est pas adapté à la diversité des élèves accueilli-e-s dans les classes, que ce soit par leur âge, leur sensibilité ou leur maturité. Plutôt que d’imposer une parole venue d’en-haut, SUD éducation insiste sur le fait de faire vivre la liberté d’expression dans les classes, en formant les personnels pour cela et en proposant des outils adaptés. À ce titre, SUD éducation regrette que la réécriture des programmes d’enseignement moral et civique, en 2018, ait sensiblement réduit la part faite au débat, à la coopération et à la pratique effective de la liberté d’expression.

Pour SUD éducation, il faut faire confiance aux enseignant-e-s, qui connaissent leurs élèves et sauront se saisir d’éventuelles propositions de supports adaptés à l’âge des enfants.

L’erreur serait de plaquer sur les élèves un discours tout fait, en décalage avec leur compréhension du monde ou leur ressenti. Au contraire, il faut prendre en compte les enjeux émotionnels et, pour les plus grands, les enjeux politiques, sans passer sous silence les propos stigmatisants ou les sursauts de haine auxquels les élèves ont pu être confronté-e-s sur les réseaux sociaux ou devant leur télévision.

SUD éducation le redit avec force : nous condamnons toutes les généralisations, stigmatisations et récupérations réactionnaires de ce drame, d’où qu’elles viennent.

SUD éducation propose pour la reprise :

  • la banalisation des cours du lundi matin afin de permettre aux collègues de se concerter, discuter et préparer la commémoration de l’assassinat Samuel Paty
  • la banalisation du lundi après-midi pour échanger et recueillir la parole des élèves et des parents
  • le report de la minute de silence au mardi 3 novembre, afin que celle-ci fasse pleinement sens pour l’ensemble de la communauté éducative

Au-delà, nous réaffirmons le besoin de moyens supplémentaires alloués à l’école : il est évident que, de manière générale, les échanges avec les élèves et notamment autour de présupposés qu’il s’agirait de déconstruire, ne peuvent se faire convenablement qu’avec des effectifs réduits et de meilleurs taux d’encadrement.

SUD éducation suivra avec attention la manière dont sera organisée cette reprise et sera vigilant-e-s face à d’éventuelles injonctions irraisonnées de la part du ministère à la crise sanitaire.

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 21:06

Une fois encore, le visage horrible du terrorisme nous met au défi.
Assassiner et décapiter un enseignant, un professeur d’histoire-géographie en charge de l’enseignement moral et civique, c’est s'attaquer au cœur de notre société.
C'est s'attaquer à ces hommes et ces femmes qui se chargent sur tout le territoire national d’enseigner les savoirs, d’initier au débat argumenté, d’éveiller l'esprit critique et d’assurer la liberté de conscience.
C'est s'attaquer à l'ambition d'une école commune donnant à tous les jeunes les moyens de maîtriser leur avenir. Dans toutes nos écoles, en exerçant leur métier, les professeurs et l’ensemble des personnels font vivre les valeurs républicaines, la liberté, la laïcité, en leur donnant sens. Chaque jour, par leur action patiente, enseignantes et enseignants, personnels de l’Education nationale contribuent à construire une République unie et fraternelle, diverse et respectueuse, éclairée et apte au débat démocratique.
Face à l’obscurantisme qui a massacré l’un des nôtres et nous meurtrit, notre réponse doit être ferme et résolue. Cet acte a été commis au nom de l’islamisme intégriste. C’est bien cette idéologie et celles et ceux qui la portent qui doivent être combattu.es sans relâche.
Par ailleurs, la stigmatisation des musulman.es dans laquelle certaines forces politiques veulent entraîner le pays depuis bien des années ne peut que renforcer des clivages délétères et alimenter les machines de haine.
C’est par une politique ambitieuse d’éducation dans le cadre de l’École publique et laïque avec l’implication des mouvements d’éducation populaire complémentaire de l’enseignement public et des collectivités territoriales, pour transmettre et faire vivre les valeurs de la République, par une politique de justice sociale que nous ferons reculer les périls obscurantistes et garantirons nos libertés.

Parce que c’est le devenir même de la République, de son École publique et laïque et de notre Nation qui est en jeu et, avec elles, une part de celui du monde, nous appelons toute la
population à construire cette réponse avec nous.

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 18:22

Depuis maintenant deux ans, le ministère de l'Éducation Nationale fait avancer sa "réforme" de la formation des enseignant-es et des CPE. Les organisations syndicales signataires ne peuvent que constater la grande confusion dans la gestion de ce dossier. Les réunions n'ont pas été de réelles concertations. Elles se soldent par une réforme incohérente et finalement inachevée : les projets d'arrêtés précisant les contenus des concours ne sont pas encore publiés ; les modalités concrètes de l'organisation de l'alternance en master MEEF et celle de l'année de stage se font toujours attendre ; le tout nouveau projet de PPPE (parcours préparatoire au professorat des écoles), dernier avatar d'une juxtaposition de dispositifs, contribue à déstabiliser un peu plus le schéma de formation initiale dans notre pays.

Force est de constater que l'ensemble des transformations prévues sont loin de garantir les améliorations qu'elles prétendent porter, tant sur le plan des finalités éducatives que sur celui des conditions d'étude. L'attractivité recherchée pour les métiers de l'éducation et de la formation n'est absolument pas garantie par cette réforme. Au contraire : la logique comptable semble manifestement l'emporter sur tout projet de revalorisation de la formation et du métier. Cette réforme ne porte pas un projet ambitieux pour la formation des enseignant-es et pour une école de qualité. Elle ne permettra pas à tous les enseignants de construire l'ensemble des savoirs nécessaires à la démocratisation du système scolaire.

Dans une situation de crise sanitaire qui aggrave encore les difficultés pour mener à bien le travail collectif que mérite la conception des parcours de formation des enseignant.es et des CPE, nous affirmons que maintenir le calendrier initial (novembre 2020) pour la finalisation des maquettes MEEF et la remontée des dossiers d'accréditation de certains INSPÉ constitue un passage en force inacceptable qui témoignerait à la fois d'une rupture incompréhensible avec les usages universitaires et d'un mépris pour les collègues. Ceuxci, alors qu'ils et elles ont été tenu-es à l'écart de l'élaboration des maquettes, seraient en effet chargé-es ensuite de les mettre en oeuvre dans une urgence déraisonnable et sans aucune garantie sur les moyens effectivement mis à disposition.

Nous réitérons solennellement notre demande de report de la mise en oeuvre de la réforme. Le respect des formateurs et formatrices des INSPÉ ainsi que la reconnaissance de leur expertise doivent prévaloir pour l'amélioration de la formation. Cette réforme ne pourra se faire aux dépends de leurs conditions de travail.

Nous demandons à nouveau l'ouverture de véritables négociations sur la formation des enseignant-es et des CPE.

Signataires : SNESUP-FSU, SNUIPP-FSU, SNEP-FSU, SNUEP-FSU, SNPI-FSU, SNES-FSU, SGEN-CFDT SUD ÉDUCATION, FERC CGT

 

Fédération SUD éducation

Commission exécutive

01 58 39 30 12

fede@sudeducation.org

31 rue de la Grange aux Belles 

75010 Paris

www.sudeducation.org 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 18:20

Le gouvernement continue son passage en force, comme si de rien n'était malgré la très grande opposition de la communauté de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche au projet de loi LPR.
Opposition une nouvelle fois exprimée dans la rue le 13 octobre, partout en France, malgré la situation sanitaire. A peine renouvelé, le Sénat est appelé à se prononcer sur la LPR, après un débat de courte durée censé démarrer le 28 octobre.

La crise sanitaire exige des moyens immédiats dans l’enseignement supérieur et la recherche

Nous exigeons toujours l’abandon du projet de LPR

Nous ne lâcherons rien de nos revendications de postes statutaires et de moyens récurrents.

Nous devons afficher notre détermination à construire un grand service public de l'enseignement supérieur et de la recherche, au service de toutes et tous, avec des moyens humains, financiers et matériels garantis et pérennes, au sein duquel la précarité n’est plus de mise.

Nous appelons les collègues et étudiant.e.s à se réunir massivement en assemblées générales et à participer au Rassemblement le 28 octobre à 14h Place Pierre-Dux devant le Sénat pour exiger l’abandon du projet de loi LPR et les moyens nécessaires pour cette rentrée 2020

 

Signataires : SNTRS-CGT, CGT FERC SUP, CGT-INRAE, SNESUP-FSU, SNEP-FSU, SNASUB-FSU, SNCS-FSU, FO-ESR, SUD RECHERCHE EPST-SOLIDAIRES, SUD EDUCATION, SOLIDAIRES ETUDIANT-E-S, UNEF, L’ALTERNATIVE, UNEF, ANCMSP, FACS ET LABOS EN LUTTE, CJC.

 

Fédération SUD éducation

Commission exécutive

01 58 39 30 12

fede@sudeducation.org

31 rue de la Grange aux Belles 

75010 Paris

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 20:26

À la suite de l’assassinat ignoble de notre collègue, l’heure est avant tout au recueillement.SUD éducation a appelé les personnels à participer aux rassemblements en hommage à notre collègue, notamment à toutes les initiatives prévues le dimanche 18 octobre. L’heure est au recueillement, au deuil et à la solidarité avec les proches, la famille, les élèves et collègues de Samuel Paty.

Les dérapages islamophobes, qui se sont multipliés à la faveur du débat autour de la loi dite sur les “séparatismes”, ont depuis hier encore crû en intensité. Des personnalités médiatiques, des responsables politiques, des parlementaires, se croient autorisé-e-s à déverser leur haine. SUD éducation condamne toutes les généralisations, stigmatisations et récupérations réactionnaires de ce drame, d’où qu’elles viennent.

Les personnels savent que l’éducation, le partage du savoir et l’esprit critique sont des remparts contre l’obscurantisme et le fanatisme et constituent la cible des tenant-e-s d’idéologies meurtrières et rétrogrades.

Le ministre Blanquer a déclaré à la presse se préparer à imposer un “cadrage strict” aux enseignant-e-s amené-e-s à évoquer cet attentat avec les élèves à la rentrée. Cette annonce est inquiétante, quand on sait que dans la perspective du déconfinement, le ministère de l’Éducation nationale a produit des fiches éduscol stigmatisant ouvertement les élèves de confession musulmane. Ces fiches ont été retirées précipitamment suite à l’intervention d’organisations syndicales dont SUD éducation. Rappelons que le ministre n’a eu de cesse de stigmatiser et caricaturer les musulman-e-s..

Les professionnel-le-s de l’éducation n’ont pas besoin que le ministre leur explique leur métier de pédagogue. Ils et elles ont besoin d’être protégé-e-s par leur employeur quand ils et elles sont victimes de menaces. Ils et elles ont également besoin que les infirmier-ère-s, assistante-s sociales-aux, médecins, psychologues soient suffisamment nombreuses et nombreux dans les établissements pour prendre en charge tou-te-s les élèves qui en ont besoin.

A ce sens, les rassemblements prévus appartiennent à celles et ceux qui font le service public, pas à celles et ceux qui le détruisent : la présence du ministre au rassemblement parisien résonne à ce titre comme une récupération indigne. Les personnels ne s’y trompent pas.

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