17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 16:12

Le gouvernement et Blanquer ont décrété la réouverture des écoles à compter du 11 mai.

Pour SUD éducation, l’impréparation est manifeste et vient une nouvelle fois contredire la communication ministérielle. Les remontées de terrain sont claires : 75% des communes ont fait le choix de maintenir fermées ou de ne rouvrir que partiellement les écoles.

On ne compte plus les décisions prises à l’emporte-pièce par le ministre Blanquer, qui font l’objet parfois dans les heures qui suivent d’un désaveu ministériel ou d’une volte-face. L’inconséquence de la haute hiérarchie attachée à faire respecter des consignes absurdes et contradictoires sont manifestes. Tandis que le ministre se pavane sur les plateaux de télévision, il fait peser la responsabilité du retour en classe sur les équipes pédagogiques, dépourvues de règles claires, d’équipements de protection, et de toute visibilité sur la période.Les écoles rouvertes ne sont, en fait, que des garderies destinées à permettre aux parents de se rendre au travail.

La réouverture des écoles, prématurée et précipitée, est profondément anxiogène pour les personnels.

De nouveaux foyers de contamination apparaissent dans les écoles et les collèges, quelques jours seulement après la réouverture. Les conditions sanitaires dans lesquelles les écoles et établissements rouvrent risquent de provoquer une flambée des contaminations dans les jours et les semaines à venir, alors que le ministre Blanquer est incapable de garantir que des tests en nombre suffisant permettront d’opérer un dépistage efficace des cas contacts et des cas suspects.

Blanquer et son gouvernement portent la responsabilité directe de la contamination des personnels et des familles par le Covid-19.

Pour SUD éducation, il est encore temps de prendre une décision réaliste : suspendre la réouverture généralisée des écoles. L’accueil doit être limité aux personnels des services publics indispensables et aux enfants pour lesquels les équipes estiment vraiment nécessaire un contact avec l’école.

Pour SUD éducation, il s’agit bien plutôt de préparer la rentrée de septembre qui doit donner lieu non seulement à la mise en œuvre de toutes les garanties sanitaires que le gouvernement se montre incapable de fournir actuellement, mais aussi à un plan massif d’investissement dans l’éducation dont l’embauche de personnels supplémentaires, de manière à compenser les inégalités qui se sont accrues pendant la période de confinement.

Face au risque que fait courir l’administration aux personnels ainsi qu’aux élèves et à leur famille, SUD éducation soutiendra les personnels qui feront usage de leur droit de retrait.

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:57

Des annonces très diverses selon les départements

La priorité aux élèves en situation de handicap affichée dans la circulaire du 4 mai sur la réouverture des écoles et des établissements a été interprétée diversement d’une académie à l’autre. Cette absence de cadrage clair est l’occasion une fois de plus de tordre le droit du travail pour les Accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap.

Les AESH ont reçu très tardivement des courriers pour les informer de leurs conditions de reprise, ne leur laissant pas la possibilité d’interroger les services, de s’organiser en fonction de leur situation, de vérifier leurs droits. Ces courriers ont pu être en contradiction avec des annonces qui ont été faites en amont dans différentes instances.

On ne peut vous imposer d’autres missions que celles inscrites sur votre contrat de travail !

On comprend cette précipitation quand on voit comment certaines de ces injonctions contreviennent aux textes juridiques qui régissent les missions des Accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap telles que définies par la circulaire du 3 mai 2017. Leurs contrats de travail stipulent que leurs fonctions s’exercent exclusivement à l’égard des élèves en situation de handicap.

On ne peut modifier votre contrat du jour au lendemain !

Or toute modification substantielle du contrat de travail doit faire l’objet d’un avenant envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception ou en main propre contre décharge, le/la salarié-e ayant un mois pour l’accepter ou le refuser. Cela concerne le lieu du travail, la quotité horaire, les missions. Or dans certaines académies on exige des AESH d’être présent-e-s dans les écoles ou établissements, y compris quand aucun-e élève en situation de handicap n’est présent-e. On veut leur confier toutes sortes de tâches sans lien avec leurs missions. Notre organisation syndicale rappelle également que l’administration ne peut changer un-e AESH de lieu d’affectation sans avenant. En PIAL l’agent-e travaillera exclusivement dans les écoles ou établissements qui lui sont rattachés ; hors PIAL exclusivement dans l’école ou les écoles ou établissements d’affectation.

Notre priorité : protéger la santé des AESH

En obligeant les AESH à être présent-e-s dans les écoles ou établissements ou à se déplacer de l’une à l’autre, l’administration prend le risque d’augmenter inutilement la concentration d’adultes et le risque de propagation du virus, en particulier dans les zones rouges.

Si les familles ont fait le choix de ne pas mettre leurs enfants en situation de handicap les Accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap doivent pouvoir continuer à accomplir leurs missions auprès de ces élèves à distanciel dans la mesure des possibilités et contraintes technologiques et de la nature des handicaps, en partenariat avec les enseignants.

Une attention particulière doit être portée à la sécurité des AESH peu évoquée dans les protocoles sanitaires qui seront en présentiel et dont le métier suppose de fait une certaine proximité et des gestes techniques spécifiques. La distanciation physique dans le cas de l’accompagnement des élèves en situation de handicap est inapplicable. C’est à l’administration de proposer des modalités de travail et de fournir le matériel adéquat (masques FFP2, gants, sur-blouses) qui n’exposeront pas la santé et la sécurité des personnels. Ils ou elles devront avoir bénéficié de la formation aux gestes barrières exigée par le protocole avant le retour des élèves. Le Registre Santé et Sécurité Travail devra être mis à disposition de tous et toutes pour alerter de toute défaillance.

Les AESH doivent bénéficier des mêmes droits que les autres personnels (autorisation d’absence, droit de retrait...)

Certaines AESH considéré-e-s comme des personnes vulnérables doivent bénéficier au même titre que les autres personnels du droit aux autorisations spéciales d’absence et continuer à être payé-e-s, conformément à la circulaire de réouverture, sans avoir à entamer leurs droits par des arrêts maladie. Il n’existe pas une sous-catégorie de salarié-e-s au regard de la santé. Il en est de même pour les ASA pour garde d’enfants de moins de 16 ans ou en situation de handicap s’ils et elles ne peuvent être accueilli-e-s dans leur lieu de scolarisation. Pas plus que l’administration ne peut leur dénier la possibilité d’exercer leur droit de retrait s’ils ou elles devaient se sentir en danger imminent. Seul le ou la juge du tribunal administratif pourra en décider.

Stop aux pressions à l’encontre des plus précaires !

Toute pression hiérarchique (liée au renouvellement de contrat, à un entretien professionnel, à la quotité hebdomadaire qui ne serait pas effectuée… ) serait d’autant plus malvenue sur les AESH qu’ils et elles n’ont pas d’obligations de service au sens où on l’entend pour un-e titulaire et ne sont pas responsables du contexte sanitaire. La précarité de leur statut n’autorise pas à les considérer comme des agent-es polyvalent-e-s et à changer de facto leurs missions.

Comment agir ? Où s’informer ?

Nous invitons les AESH à consulter sur notre site les différents articles consacrés aux moyens légaux pour se protéger à partir du 11 mai comme ici : Autorisation spéciale d’absence, Télétravail, Arrêts maladies, Droit de retrait, Registre Santé et Sécurité au Travail, Droit de grève. Nous le mettons à jour au fur et à mesure des informations que nous recevons. N’hésitez pas à faire remonter aux différents Sud éducation locaux les situations problématiques en termes de droit du travail et de sécurité au travail.

Sud éducation restera vigilant au respect des droits des AESH et à la manière d’assurer leur sécurité par leurs employeurs. Plus que jamais l’égalité des droits des contractuel-les et des titulaires doit être appliquée. Le guide AESH est consultable ici.

Pour SUD éducation, les conditions sanitaires ne seront pas réunies et ne permettent pas une reprise en mai dans de bonnes conditions pour les élèves et le personnel.

Pour SUD éducation, il s’agit bien plutôt de préparer la rentrée de septembre qui doit donner lieu non seulement à la mise en œuvre de toutes les garanties sanitaires que le gouvernement se montre incapable de fournir actuellement, mais aussi à un plan massif d’investissement dans l’éducation dont l’embauche de personnels supplémentaires, de manière à compenser les inégalités qui se sont accrues pendant la période de confinement.

Face au risque que fait courir l’administration aux personnels ainsi qu’aux élèves et à leur famille, SUD éducation soutiendra les personnels qui feront usage de leur droit de retrait.

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:54

Les questions qui se posent fréquemment pour les AESH face à la réouverture annoncée des écoles et établissements :

1. Si les enfants dont on a la charge ne sont pas présent-e-s, devons-nous venir à l’école ?

2. Si oui devons-nous alors travailler avec des enfants sans notification ?

3. Peut-on nous demander de faire un travail qui ne soit pas avec les enfants (type préparations des cours avec les enseignant-e-s) ?

4. Doit-on venir lors de la "pré-rentrée" et quel est alors notre rôle ?

5. Peut-on gérer seule un groupe d’élèves ?

6. Si je suis fragile, ou que j’ai dans mon entourage une personne fragile, comment faire pour ne pas aller à l’école ou dans mon établissement ?

7. Je ne veux pas mettre mon enfant à l’école : je peux avoir une Autorisation Spéciale d’Absence pour le garder ?

8. Si je ne veux pas retourner en établissement, je peux refuser ?

Toutes les réponses à vos questions :

1. OUI et NON... Le confinement est fini, donc reprise du travail... En présentiel ou distanciel (voir point 7), auprès d’élèves ayant une notification, mais pas forcément les mêmes que d’habitude (voir point 2).

2. NON ! (les missions des AESH sont d’accompagner les enfant avec notif) ; mais d’autres enfants avec notif que ceux et celles suivi-e-s habituellement : OUI ; voire même possible d’aller dans un autre établissement s’il est dans la zone du PIAL (lorsqu’on en fait partie : voir sur son contrat).

3. NON pour faire les petites mains (dame-pipi, désinfection,...) bref, non pour tout ce qui ne relève pas de ses missions d’AESH ; OUI pour préparer la reprise des élèves qu’on suit ou pour les suivre à distance.

4. OUI si les mesures sanitaires de rentrée sont respectées (comme pour une pré-rentrée "normale") sinon droit de retrait ; voir dessous pour les modalités de retour en établissement (point 7)

5. Encore une fois, ne travailler qu’avec des élèves avec notif... du coup c’est comme d’habitude : pas censée être seule avec des élèves, sans la présence de l’enseignant-e

6. J’ai droit à une Autorisation spéciale d’Absence* (à demander à son employeur) : ASA avec certificat médical = remettre un certificat du médecin traitant interdisant le travail en présentiel pour raison de santé dans le cadre de la pandémie (attention ce n’est pas un arrêt de travail, il n’y a pas besoin, car cela ne doit pas être décompté dans les jours maladie). Je ne suis pas en télétravail.

7. Le ministère a déclaré aux organisations syndicales que pour les enseignant-e-s et AESH ayant des enfants et ne souhaitant pas les mettre à l’école, le télétravail serait possible dans un premier temps. Dans le cas où ils ou elles ne pourraient pas faire du télétravail, ils pourraient obtenir des ASA. Ces dispositions sont supposées s’arrêter au premier juin. SUD éducation réclame toutes les garanties sur cette question, et que les dispositions annoncées soient prolongées.

8. Oui, pour l’instant (jusqu’au 1er juin), a priori pour l’instant on peut rester en télétravail (choix à déclarer avant la reprise) (attention, ça n’a pas l’air d’être valable dans toutes les circonscriptions/départements...).

Sauf que pour les AESH, pas de télétravail tant que l’employeur ne fournit pas d’outil de télétravail (ordi, téléphone avec forfait,...) : donc vous indiquez que vous voulez travailler en distanciel, mais ensuite vous demandez du matériel pour pouvoir faire ce télétravail.

Si les conditions sanitaires dans l’établissement ne sont pas satisfaisantes pour me protéger, je peux exercer mon droit de retrait.

Liens utiles :

Droit de retrait : https://www.sudeducation.org/Reouverture-des-ecoles-et-etablissements-comment-exercer-son-droit-de-retrait.html

Outils légaux pour se protéger : https://www.sudeducation.org/Se-proteger-a-partir-du-11-mai-tous-les-outils-legaux.html

Guide AESH SUD éducation : https://www.sudeducation.org/Guide-AESH.html

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:51

Le 16 mars, les universités de la France entière se sont brusquement arrêtées. Elles ont dû en un temps record s’adapter à la nouvelle situation du confinement, adapter leurs cours et surtout adapter leurs modalités d’évaluation. Alors que la pétition nationale "Non aux examens en ligne qui creusent les inégalités dans l’enseignement supérieur !"1, soutenue par un grand nombre d’organisations syndicales et de collectifs, a recueilli près de 9000 signatures, partout sur le territoire, les établissements d’enseignement supérieur se préparent à faire passer des examens en ligne.

Tout en continuant à réclamer la validation automatique de ce semestre pour tou-te-s, nous nous inquiétons aujourd’hui des modalités d’examen prévues par les établissements d’enseignement supérieur. En effet, les fiches informatives 5 et 6 du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche 2 ouvrent la voie à des examens télé-surveillés. Ce type de pratiques existe depuis quelques années, mais jusqu’ici il n’a été utilisé que dans quelques facs. Cependant, le contexte actuel pousse un certain nombre d’établissements à tenter l’expérience. Il s’agit de contrôler les étudiant-e-s à distance, donc de relever leur identité, les surveiller via logiciel mouchard et webcam voire même en doublant avec la caméra du smartphone, leurs faits et gestes pendant le partiel.

Alors que beaucoup d’étudiant-e-s n’ont pas accès à du matériel informatique ou une connexion de qualité, alors que nombre d’entre elles et eux n’ont pas d’espace personnel pour travailler et être seul-e, un examen en temps limité surveillé par webcam ne paraît pas envisageable, sauf à rompre avec le principe d’égalité élémentaire. De plus, ce type de solutions demande un équipement performant, même quand on a un ordinateur à disposition : la grande majorité ne dispose pas d’ordinateurs puissants, ou de connexions suffisantes. Par ailleurs, un certain nombre d’étudiant-e-s sont rentré-e-s dans leur famille et se retrouvent dans des zones "blanches", avec une connexion très faible voire inexistante.

En termes de données personnelles, le Règlement Général de Protection des Données (RGPD) est clair sur la question : les données personnelles des utilisateurs et utilisatrices ne peuvent être collectées qu’avec leur plein gré. Il est évident que les étudiant-e-s qui sont obligé-e-s de passer leur partiel ne pourront donner leur accord librement pour être filmé-e-s et enregistré-e-s, ni voir leurs données personnelles collectées par une entreprise privée ou la fac (identité, photo, images d’intérieur de leur lieu de vie...).

Aujourd’hui nous le disons : nous n’acceptons pas que la surveillance technologique de toutes et tous se généralise jusque dans les foyers. Une grande partie des étudiant-e-s ne peut tout simplement pas accéder aux moyens techniques permettant de mettre en œuvre une telle solution, et les autres n’ont pas à se voir obliger une captation aussi importante des données personnelles. L’organisation d’examens télé-surveillés va contre le principe d’égalité et contre les normes les plus basiques de protection des données.

Nous le répétons : la seule solution valable pour tou-te-s est la validation automatique et la neutralisation du semestre ! Si les établissements d’enseignement supérieur souhaitent malgré tout mettre en place une évaluation finale, nous demandons que celle-ci se fasse sans surveillance et de manière asynchrone, pour permettre à toutes et tous de valider.

1 À retrouver ici : https://www.change.org/p/madame-la-ministre-de-l-enseignement-sup%C3%A9rieur-et-de-la-recherche-non-aux-examens-en-ligne-qui-creusent-les-in%C3%A9galit%C3%A9s-dans-l-enseignement-sup%C3%A9rieur-validation-du-semestre-pour-tout-es?recruiter=1072363733

2 Les fiches informatives, circulaires et ordonnances concernant l’adaptation de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche au confinement sont disponibles ici : https://services.dgesip.fr/T712/covid_19

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:48

Alors que les enseignant-e-s reçoivent en permanence des injonctions contradictoires, des informations qui évoluent au gré des discours officiels et ne savent même pas s’ils et elles pourront reprendre les cours dans des conditions assurant leur sécurité et leur santé, l’Éducation nationale a trouvé le temps d’élaborer et de diffuser une fiche intitulée Coronavirus et risque de replis communautaristes.

Cette fiche vise explicitement les habitant-e-s des quartiers populaires, et en leur sein, les musulman-e-s ou identifié-e-s comme tel-le-s. L’expression « séparatisme », employée par Emmanuel Macron lors de la dernière polémique médiatique concernant les musulman-e-s, est bien sûr présente dans la fiche, qui appelle à anticiper des réactions prétendument « communautaristes » en ne se basant sur aucune étude ni aucune réalité de terrain.

Depuis le début de l’année scolaire 2019-2020, le ministre Blanquer a multiplié les sorties scandaleuses, créant des polémiques stigmatisant les personnes musulmanes ou supposées telles. Il a été démenti par ses propres services sur le prétendu défaut de scolarisation des petites filles musulmanes. Il a attaqué la FCPE à propos d’une affiche de campagne montrant une femme portant le voile. Il s’est refusé à condamner l’agression d’une mère d’élève portant le voile accompagnant une sortie scolaire par un élu RN. Cette fiche s’inscrit dans la continuité d’un discours officiel islamophobe au sommet de l’institution scolaire.

Parallèlement, le ministre et ses services s’inquiètent dans cette fiche que « la crise du Covid 19 peut-être utilisée par certains pour démontrer l’incapacité des États à protéger la population ». Par cynisme, ils s’inquiètent de ce que la population nourrisse une « défiance envers les discours scientifiques », alors même que la décision de rouvrir écoles et établissements scolaires contrevient directement aux recommandations du Conseil scientifique. S’il est évident que la période est propice aux rumeurs et aux fausses nouvelles, la diffusion d’intox est moins l’apanage des classes et des quartiers populaires que du gouvernement et des capitalistes.

Le gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé, porte la responsabilité du démantèlement des services publics, en particulier de santé, et du système de protection sociale dans son ensemble. Juste avant la crise sanitaire, le pays a connu un mouvement de grève massif et puissant contre le démantèlement du système de retraites. Les rédacteurs et rédactrices s’alarment d’une « possible fronde contre les mesures gouvernementales ». Ils ont bien raison : les capitalistes doivent payer la crise.

Le ministre Blanquer doit protéger les enfants, leurs familles ainsi que les personnels, et non stigmatiser toujours les mêmes personnes pour escamoter sa gestion calamiteuse et les désaveux à répétition qu’il subit au quotidien.

SUD éducation dénonce ce nouvel acte de stigmatisation islamophobe que constitue cette fiche.

SUD éducation revendique un plan massif d’investissement pour le service public d’éducation, avec les recrutements nécessaires, pour une école véritablement

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:43

Le ministère a convoqué les représentant-e-s au Conseil Supérieur de l’Éducation dès le 11 mai 2020 afin de présenter les textes réglementaires concernant les modalités d’attribution de l’examen du baccalauréat et du brevet des collèges au contrôle continu.

SUD éducation dénonce le déni de démocratie permis par l’état d’urgence sanitaire grâce auquel le Ministère peut se dispenser d’un vote concernant les textes qu’il propose.

SUD éducation a déjà vivement condamné auprès du ministère les inégalités que creuse le recours au contrôle continu. Le contrôle continu, défendu depuis longtemps par le ministre de l’Éducation nationale, est une mesure de casse du cadre national des diplômes et des protections qui en résulte pour les salarié-e-s dans le monde du travail. Après la suppression du BEP et la territorialisation induite par la réforme du baccalauréat, le contrôle continu est une nouvelle attaque contre les salarié-e-s.

L’éventuelle reprise échelonnée sur le territoire en mai et en juin et ses adaptations locales, ainsi que les difficultés matérielles survenues pendant et après le confinement accentueront les inégalités scolaires. Ajouter à cette situation anxiogène de pandémie la pression d’examens remaniés au dernier moment est irresponsable, à l’égard des candidat-e-s comme des personnels. Le ministère a annoncé qu’aucune note obtenue entre le début du confinement et la fin de l’année scolaire ne comptera dans le contrôle continu pour l’obtention du brevet des collèges et du baccalauréat.

Face à l’urgence sanitaire et sociale, la priorité n’est ni de finir le programme à toute vitesse en juin, ni de bricoler des notes pour « gonfler » le contrôle continu en vue du baccalauréat, ni de convertir dans l’urgence les compétences validées en 3e en notes chiffrées en vue du brevet. Il s’agit au contraire de mettre les moyens nécessaires pour accompagner tous les élèves dans les meilleures conditions. Il est urgent de favoriser la poursuite de leurs études avant les congés d’été.

Pour cela, le ministère doit annoncer la titularisation des personnels précaires déjà en poste et la création de postes afin d’améliorer les taux d’encadrement et de baisser les effectifs par classe.

Pour SUD éducation, la seule mesure responsable à prendre en cette période est l’obtention automatique des diplômes du baccalauréat et du brevet pour tou-te-s les candidat-e-s inscrit-e-s avec une possibilité de redoublement pour ceux et celles qui le souhaitent. Faisons confiance aux enseignant-e-s, à leur travail, aux élèves et à leurs familles plutôt que d’accroître les inégalités, trier et pénaliser des élèves.

Enfin, SUD éducation appelle le ministère à prendre une mesure de responsabilité en annulant les épreuves anticipées de français pour les élèves de première. La tenue de ces épreuves présente des risques sanitaires pour les personnels comme pour les élèves. On ne peut imposer cette source d’inquiétude supplémentaire.

Pour SUD éducation, c’est la santé, la sécurité et le bien-être des élèves et des personnels qui comptent aujourd’hui.

Pas de reprise, pas d’évaluation, tant que les conditions sanitaires et scolaires ne sont pas satisfaisantes sur tout le territoire et pas « d’examen-sanction » !

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:41

Déclaration liminaire de SUD éducation devant le comité « Suivi sectoriel de la crise du Covid-19 - enseignement supérieur » de la Commission des Affaires culturelles et de l’Education de l’Assemblée nationale

Enseignement supérieur : la priorité doit aller au présentiel

L’illusion de la continuité pédagogique

L’activité d’enseignement, en tant qu’elle se déroule très majoritairement en présentiel dans la plupart des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, s’est interrompue à la suite de l’arrêt de l’accueil des étudiant-e-s à partir du lundi 16 mars. Cette décision, à savoir d’une fermeture au public des établissements et non d’une fermeture administrative pleine des établissements comme il peut s’en produire lors d’épisodes climatiques sévères par exemple, a produit ce second semestre bancal et illusoire. Le Ministère et les équipes dirigeantes ont prétendu que les établissements pouvaient continuer d’assurer leurs missions tout en fonctionnant en mode dit « dégradé », cependant que le personnel et les étudiant-e-s constataient quotidiennement l’impasse de la numérisation des missions de l’université, à commencer par l’enseignement.

Le personnel des établissements de l’ESR (administratif, technique et enseignant) s’est attaché à maintenir avec les étudiant-e-s un lien pédagogique, qui ne saurait tenir lieu d’un enseignement au sens plein, et qu’il faut distinguer d’une continuité pédagogique factice. Les limites de celles-ci ont aussi révélé les conditions matérielles et financières précaires de beaucoup d’étudiant-e-s ne bénéficiant ni des outils informatiques pour poursuivre des études à distance, ni des conditions d’existence leur permettant de poursuivre sereinement des études tout court.

Pour ces raisons, nous réaffirmons aussi que le semestre ne s’est pas déroulé dans des conditions permettant un contrôle des connaissances : les évaluations à distance imposées par les directions d’établissements sous les encouragements du Ministère sont une mascarade dégradante à l’égard des diplômes universitaires. Elles sont génératrices d’une surcharge de travail généralisée, qui fragilise les personnels au moment où la fatigue physique et psychique liée au travail à distance et au confinement se font sentir. Elles refusent de prendre en compte les effets produits par l’épidémie et le confinement : peur, incertitude, anxiété, l’isolement, démotivation, qui ont entravé l’activité d’apprentissage des étudiant-e-s. Ces évaluations à distance sont enfin l’occasion de franchir une nouvelle étape dans la numérisation des activités d’enseignement et leur marchandisation partielle, lorsque le Ministère oriente les établissements vers des prestataires privés d’évaluation à distance, et incite à procéder pendant les examens à une télé-surveillance liberticide.

Les agent-e-s et le dialogue social malmenés

La période récente s’est avérée punitive pour les agent-e-s du service public d’enseignement supérieur et de recherche, après que le travail à distance s’est généralisé de manière sauvage. Assuré par beaucoup de collègues avec leurs outils personnels, il est générateur de souffrance physique et psychique, a fortiori lorsqu’on intime aux agent-e-s de poursuivre leur travail à distance tout en assurant la garde des enfants et le soin des malades, et que le temps de travail s’allonge inexorablement pour faire face aux exigences de création et de maintenance d’une infrastructure numérique, de mise en ligne de contenus d’enseignement, de préparation d’évaluations en ligne. Le Ministère et les directions des établissements, cependant, se sont emparées des mesures punitives prises à l’encontre des agent-e-s de la Fonction publique, avec des RTT et des congés imposés par l’Ordonnance n° 2020-430 du 15 avril 2020.

De manière plus générale, le Ministère a fait preuve d’un autoritarisme assumé lorsqu’il s’est agi de nier la liberté pédagogique en s’opposant aux mesures de neutralisation et/ou de validation automatique défendues dans de nombreuses universités par les organisations syndicales et étudiantes, et utilisé pleinement la crise sanitaire pour contourner des instances de dialogue social bien malmenées. Les plans de reprise des activités ont été présentés au dernier moment aux CHSCT ministériel et d’établissement, ainsi qu’à des comités techniques privés de leur unique pouvoir, celui de rendre un avis. Peut-être la Ministre trouve-t-elle la compagnie des journalistes plus agréable, puisque c’est par voie de presse, dans le Parisien du 7 mai, que nous avons pris connaissance de ce qui semblent être les orientations pour la rentrée, en particulier le recours aux « cours à distance ».

Rendre possible les enseignements présentiels

Oui, il existe des enseignements à distance qui ont permis à diverses catégories – des prisonniers et prisonnières par exemple – d’accéder à une formation universitaire et d’obtenir les diplômes correspondants. Ces enseignements à distance demandent toutefois des moyens considérables, une longue élaboration pédagogique et fonctionnement surtout avec un public très motivé, souvent plus âgé que la majorité des étudiant-e-s en formation initiale. Ils nécessitent aussi un encadrement strict et un soutien fort : fourniture des outils aux enseignant-e-s et aux étudiant-e-s ; prise en compte de la surcharge de travail impliquée par le transfert et/ou la création d’enseignements en distanciel ; aménagement des évaluations pour pallier les faiblesses du numérique et éviter la télé-surveillance.

Parce que tous les enseignements ne sont pas transférables en distanciel, parce que les études ne se résument pas à l’appréhension de contenus de connaissance mais comportent une dimension de socialisation essentielle, la priorité doit continuer d’aller à l’enseignement présentiel. La reprise de ce dernier ne peut se faire que si les conditions sanitaires sont réunies, mais encore faut-il que la volonté et les moyens existent afin de le rendre possible.

SUD éducation regrette donc que pour l’année universitaire prochaine, le grand bond en avant vers l’université numérique semble constituer l’unique feuille de route de la Ministre, laquelle n’a pour l’instant donné aucun détail aux représentant-e-s du personnel et des étudiant-e-s, mais semble déjà clore le débat sur les grandes orientations.

SUD éducation affirme que d’autres choix sont possibles et souhaitables pour les étudiant-e-s comme pour les agent-e-s du service public d’enseignement supérieur et de recherche :

-recruter massivement des agent-e-s titulaires et mettre à disposition les locaux nécessaires pour des enseignements en petit groupe ;

- différer la rentrée jusqu’à ce que les conditions pour une rentrée présentielle soit réussie, quitte à remettre en question la rigidité du calendrier universitaire découpé en semestres pour rentrer dans le moule LMD ainsi que l’obsession évaluative qui guide aujourd’hui trop souvent l’organisation des études.

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:37

Communiqué intersyndical CGT éducation, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SNALC, SNEP, SNES, SNUEP, SUD éducation


L’annonce de la réouverture des établissements du second degré (à partir du 18 mai pour les collèges dans les zones vertes et éventuellement début juin tous les collèges et lycées) a été accueillie avec inquiétude, scepticisme par les personnels que nous représentons. Inquiétude quant aux risques sanitaires que représente le regroupement de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de personnes dans un même lieu ; scepticisme quant à l’intérêt pédagogique d’une reprise tardive dans des conditions très dégradées.

Cette réouverture imposée ne peut se faire à marche forcée, prenant le risque de ne pas réunir les conditions de sécurité sanitaire des élèves et des personnels, de ne pas avoir de sens éducatif et pédagogique, de ne pas respecter les droits des personnels : charge et organisation du travail, respect des missions.

La priorité est la santé et la sécurité des élèves et des adultes. Des conditions strictes de sécurité doivent être respectées, s’appuyant sur le protocole sanitaire national. Avant la réouverture, les personnels des collèges et des lycées doivent être partie prenantes des discussions sur les conditions sanitaires de réouverture des établissements et faire valoir leurs exigences. Si les conditions qu’elles et ils jugent nécessaires ne sont pas réunies, un établissement ne peut ouvrir. Si après réouverture, les personnels constatent que les conditions de réouverture et de reprise en présentiel leur font courir des risques pour leur santé ainsi que celles de leurs élèves, nous les accompagnerons pour qu’ils exercent leur droit de retrait.

Si les conditions sont réunies pour la réouverture, celle-ci ne peut se faire qu’à l’issue d’un travail collectif préparatoire, dans le strict respect du protocole sanitaire. Il faut notamment que puissent se réunir les instances démocratiques des collèges et des lycées : conseil d’administration, le conseil de la vie collégienne, le conseil de la vie lycéenne et la commission hygiène et sécurité.

Enfin les équipes doivent disposer du temps pour travailler ensemble à la construction du sens pédagogique de la reprise.

Dans le cadre de la préparation des reprises, une attention toute particulière doit être apportée aux internats qui ne doivent pas être ouverts quand le protocole sanitaire ne peut pas être respecté, que ce soit par manque de matériel de protection et d’hygiène, ou par manque de personnels pour en assurer l’encadrement ou le nettoyage.

L’accueil des élèves ne doit pas être guidé par des objectifs chiffrés au détriment de la sécurité et de la qualité éducative et pédagogique.

Nous sommes convaincus que c’est dès maintenant que doit se préparer la rentrée 2020, dont on sait qu’elle ne sera pas une rentrée ordinaire. Nous demandons que les personnels y soient largement associés et que les moyens nécessaires soient octroyés.

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 10:32

Nous subissons une succession de « réformes » du secteur public, avec diminution des budgets et soumission aux intérêts privés, visant à dégager du profit aux dépens de la collectivité, quoi qu’il en coûte. Le gouvernement poursuit son programme néolibéral dans plusieurs secteurs dont l’hôpital et l’enseignement supérieur et la recherche (ESR). Pourtant, ce sont ces choix politiques qui nous ont conduit à l’impasse actuelle, aux dysfonctionnements et aux inégalités criantes que dévoile au plus grand nombre la pandémie du Covid-19. Aujourd’hui, le temps d’arrêt imposé par la crise sanitaire et la prise de conscience de la situation sociale dans notre pays sont des révélateurs nécessitant de débattre et repenser nos services publics, notamment dans l’ESR, et pour revendiquer ensemble un autre avenir.

1 État actuel des réformes

1.1 Enseignement

Les récentes réformes (mise en place de la sélection en master [2017], ORE-Parcoursup [2018], baccalauréat dit Blanquer [2019]), ont accentué les inégalités dans l’enseignement supérieur. Malgré des continuités avec le dispositif antérieur, Admission Post-Bac, Parcoursup a reconfiguré l’accès au supérieur français, en généralisant la sélection sur dossier à l’ensemble des filières post-bac dans un contexte de saturation des capacités d’accueil de certaines formations (notamment dans les sections de techniciens supérieurs). Parcoursup renforce la prise en compte des notes et des appréciations des professeur-e-s du secondaire (via la fiche avenir). Si Parcoursup accentue ainsi la mise en concurrence, et des candidat-e-s, et des formations du supérieur, il pérennise les inégalités dues aux déterminismes sociaux.

Tout cela s’ajoute à des conditions de travail et d’études qui se dégradent depuis des années. L’autonomie des universités (loi LRU de 2007) s’est traduite par des contraintes budgétaires très fortes et par le recours croissant aux vacations, aux heures complémentaires (qui représentent environ 1/3 des heures d’enseignement) et, plus généralement, aux contrats précaires, qu’il s’agisse du travail enseignant ou administratif. Ces contrats courts entraînent une rotation importante dans les équipes. Des départements fonctionnent avec des moyens extrêmement faibles au regard des heures de cours et du nombre d’étudiant-e-s. La mise en place de nouveaux dispositifs (comme Parcoursup) à moyens constants se traduit par une diversification et une densification du travail pour les personnels administratifs.

1.2 Recherche

Depuis début décembre 2019, les mobilisations contre la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) se sont organisées dans le contexte du mouvement contre la réforme des retraites, mais aussi contre d’autres réformes (chômage, fonction publique). Avec des actions imaginatives et variées, un nombre important de personnes travaillant dans l’enseignement et la recherche s’est mobilisé pour exprimer un point de vue quasi unanime. La vision de la recherche exprimée par la LPPR, strictement opposée à la leur, leur apparaît inhumaine et destructrice.

Cette mobilisation récente qui s’est faite de manière inégale selon les établissements et de manière déphasée dans le temps a pu s’appuyer sur des luttes précédentes : celle qui a mené aux États généraux de la recherche de 2004, la lutte contre la LRU de 2007, contre la précarité dans la recherche depuis 2017. Depuis le Pacte pour la Recherche de 2006, le partenariat public-privé et la rentabilité commerciale sont devenus des critères cruciaux pour accorder les moyens et crédits de recherche. Dans ce même laps de temps, la compétitivité de la France sur le plan international et la course à l’innovation ont semblé prévaloir sur les coopérations horizontales, qui privilégieraient des rapports égalitaires et de partage plutôt que de perpétuer l’exploitation des ressources matérielles et des savoirs dans le cadre de rapports de domination structurels. La LPPR ne fait donc qu’aggraver une tendance installée et accentue la destruction massive de postes pérennes en faveur d’une précarisation dramatique du travail dans la recherche et allant de pair avec l’emprise toujours plus grande des entreprises privées dans les thèmes et approches de la recherche. À ceci s’ajoutent le crédit impôt recherche comme source de financement et soutien dissimulé aux grandes entreprises (6 milliards d’euros annuels, soit deux fois le budget du CNRS) ; et l’accès à une partie des fonds ANR (Agence Nationale de la Recherche) octroyée aux entreprises privées.

L’augmentation du budget de l’ANR et de ses bénéficiaires, prévus par la LPPR, ne remédiera donc ni à l’aspect chronophage de la construction et de l’évaluation des projets, ni aux inégalités entre les laboratoires, ni à la liberté de recherche entravée par la direction de certains établissements (dont le CNRS), ou du fait d’un fonctionnement éditorial qui pousse à la normalisation des travaux et entraîne une forme de censure plus ou moins formelle. Ce sont des budgets pérennes à hauteur des besoins qu’il faut pour la recherche !

1.3 Conclusion

Des tendances destructrices et avilissantes similaires ont été depuis longtemps constatées dans la recherche et dans l’enseignement supérieur comme dans l’ensemble des services publics, et c’est bien pour cela que ces mobilisations se sont faites conjointement.

Si l’enseignement supérieur régule aussi l’accès aux professions de la recherche, cela passe par des sélections racistes, sexistes et classistes qui se traduisent dans la composition du monde de la recherche, de ses thèmes et de ses approches.

2 Ce que révèle la crise du COVID-19

2.1 Un confinement qui renforce la précarité des personnels et des étudiant-e-s

La pandémie actuelle révèle et accentue les rapports de domination que nous connaissions déjà dans le supérieur. Comme dans le secondaire, la « continuité pédagogique » masque de profondes inégalités. Pour les étudiant-e-s, les enquêtes réalisées à Grenoble, Saint-Denis, Nanterre, Nancy ou Villetaneuse, pour n’en citer que quelques-unes, soulignent non seulement des inégalités d’accès à un équipement informatique et à une connexion stable, mais aussi des conditions de confinement très contrastées (densité d’occupation du logement, personnes à charge, entourage touché par la maladie, obligation de continuer à travailler ou perte d’emploi, déséquilibre psychologique, faim, etc.), avec de nombreuses situations dramatiques. Des enquêtes montrent que, même pour les mieux lotis sur le plan matériel, la pandémie suscite une grande angoisse (stress, incertitude). Cette fragilité psychologique, tout comme les inégalités matérielles, donnent raison aux résistances enseignantes et étudiantes au passage d’examens à distance, indéniablement inégalitaire et souvent imposé par les présidences universitaires.

Du côté des personnels, les conditions de confinement et les conséquences de la crise sont également très inégales. La crise que nous traversons amplifie la précarité et exacerbe des inégalités qu’il n’est plus possible d’ignorer. Les vacataires d’enseignement sont soumis-e-s à des injonctions à la « continuité pédagogique » sans garantie de salaire versé à la fin du mois, les doctorant-e-s voient leurs recherches suspendues sans garantie de reconduction. Pour les personnels les plus précaires et les plus fragiles, travailler à la maison peut s’avérer source d’angoisse et de multiplication de risques : manque de place, travail sur un écran toute la journée, troubles musculo-squelettiques, stress dû aux injonctions permanentes à la « continuité pédagogique », double journée assurée par les femmes ...

L’imposition, par ordonnance, de 5 jours minimum de « congés » obligatoires pendant le confinement sonne comme une non reconnaissance du travail exceptionnel durement accompli pour tous les personnels BIATSS dont beaucoup sont des précaires payé-e-s au SMIC et sans garantie de renouvellement. Quant aux femmes, qui ont été les premières à se mettre en autorisation spéciale d’absence (ASA) pour s’occuper de la garde des enfants, elles feront les frais, une fois de plus, de ce type de décision gouvernementale

2.2 Les impasses du pilotage de la recherche à court terme

La crise du Covid-19 révèle les contradictions du fonctionnement de la recherche. La recherche publique est sacrifiée (gel des postes, épuisement des crédits récurrents des laboratoires) et affaiblie. À ses dépens, des appels d’offre publics dans le privé se sont développés pour la production de tests et la conduite de recherches. L’épidémie de SRAS en 2002 avait suscité des appels à projets européens sur les coronavirus. Plusieurs chercheurs ont alors lancé ou amplifié des programmes de recherche. Mais les fonds se sont taris dès 2006, une fois disparue la crainte politique d’une nouvelle épidémie. En l’absence de crédits récurrents pour les recherches fondamentales, les connaissances sur les coronavirus (et d’autres sujets aussi importants) ont pris du retard. Aujourd’hui, dans l’urgence, l’ANR a relancé un appel sur ces virus, mais on ne fait pas avancer la recherche dans l’urgence et à court terme. Il est temps d’en finir avec le pilotage de la recherche par le pouvoir politique au service des capitalistes ou sur un mode hiérarchique et injonctif , concentré sur les thèmes à la mode, les résultats à court terme et la rentabilité privée des recherches publiques.

3. (Re)penser et (re)construire l’ESR

Au-delà des problèmes importants posés par la crise sanitaire et le déconfinement, la crise du Covid-19 sur le terrain de l’ESR renvoie aussi la question de l’organisation globale de la société et la place que doit y occuper l’ESR.

L’université et les laboratoires devraient être des lieux de réflexion, de création, de diffusion et de transmission, d’épanouissement humain et scientifique. Penser l’ESR pour la collectivité signifie donc de se dégager à la fois des intérêts économiques privés et des logiques de compétition et de domination, qui renforcent les inégalités, ici comme ailleurs, qui technocratisent et bureaucratisent la science. La diversité des approches est une des conditions de la recherche, de la production des savoirs et leur transmission. Une autre condition est de travailler en toute liberté et indépendance, sans concurrence ni précarisation. L’autogestion des établissements au sein d’un réseau public d’universités coordonnées, avec reconnaissance des diplômes (a minima au niveau national) et d’un statut pérenne (fonction publique), répond à ces conditions.

Afin de combiner liberté d’exploration créatrice et défense de l’intérêt commun, les scientifiques doivent être à la fois autonomes et responsables devant la société. De ce fait, elles et ils doivent pouvoir refuser de collaborer aux recherches et applications nuisibles et en dénoncer les dangers. L’ESR doit aussi se démocratiser dans un dialogue avec la sphère publique. Cela implique de rendre les activités de recherche et d’enseignement plus accessibles à toutes et à tous, spécialistes et non-spécialistes, en encourageant la participation et le droit au regard critique : accès aux connaissances par la formation, accès aux résultats de recherches par leur mise à disposition transparente. L’université doit être un lieu de connexion entre savoirs, que ce soit entre disciplines scientifiques, entre connaissances scientifiques et savoirs populaires ou encore entre créations scientifiques et artistiques. Ces savoirs sont des biens communs, leur diffusion doit être libre et non entravée par des dépôts de brevets. Ceci exige que les universités et les laboratoires soient des lieux publics, ouverts et accessibles gratuitement à toutes et tous, à tout moment de la vie.

Comme beaucoup, nous pensons que des personnels fonctionnaires et des moyens récurrents supplémentaires sont nécessaires à l’université et à la recherche, et à leur indépendance. Les objectifs et la temporalité de la recherche doivent donc être déconnectés des intérêts économiques ou politiques immédiats, favorisant les disciplines et secteurs actuellement méprisés comme les sciences humaines et sociales et les recherches fondamentales. Par ailleurs, il faut changer le rapport au travail actuel et donc supprimer toutes les évaluations et primes inscrites dans un « management » individualisé, porteur d’inégalités, de soumission et de rupture avec la collégialité de nos métiers. De même, l’arrêt de toute externalisation/sous-traitance et l’arrêt du détournement de l’argent public (comme le crédit impôt recherche, ou les partenariats public-privé). Les rapports entre enseigné-e-s et enseignant-e-s demandent aussi à être repensés pour éviter des formations où l’évaluation, plutôt que les connaissances enseignées, serait le principal objectif.

Au-delà de ces revendications, il faut construire l’ESR pour le bien commun et comme un bien commun, autogéré, accessible à toutes et tous. À SUD éducation, nous dénonçons tous les rapports hiérarchiques et de domination. Nous revendiquons notamment une augmentation générale des salaires et la réduction des écarts de rémunération pour aller vers un salaire unique, la titularisation de tous les personnels et l’instauration d’un véritable statut étudiant rémunéré pour toutes et tous, à tout moment de la vie. La production et la transmission des savoirs est une affaire collective et demande des débats au-delà de la communauté universitaire, sur les conditions permettant l’ouverture de l’université à toutes et tous, sur l’organisation du maillage universitaire au niveau géographique, etc. Dans la période actuelle (projet de LPPR, crise sanitaire en plus des crises écologiques et sociales), la Fédération SUD éducation rejoint en conséquence l’appel de Rogue ESR à « réinstituer l’Université comme lieu de formation des citoyens à une pensée autonome et aux savoirs critiques, et comme lieu de production et de transmission au plus grand nombre de connaissances scientifiques et techniques » [accessible sur http://rogueesr.fr/retrouver-prise/].

Une pandémie sexiste :

Ce n’est pas seulement dans le harcèlement systématique des infirmières que les violences sexistes se sont exprimées durant la pandémie. C’est la division sexuelle et sociale même du travail nécessaire pendant cette crise qui reflète la mise en danger systématique des ouvrières dans les hôpitaux comme dans les supermarchés. Le confinement aggrave encore cette division sexiste du travail domestique et de soin et augmente les violences (y compris sexuelles) contre les femmes et enfants. En outre, la situation dramatique à l’hôpital a entravé l’accès à l’IVG, mettant en suspens le droit à l’avortement. Si les réformes néolibérales contre la retraite, la recherche, l’enseignement et l’assurance chômage suggèrent que les recherches féministes et sur le genre ne sont pas rentables et donc obsolètes, cette pandémie nous a montré au contraire que nous sommes encore loin d’une société égalitaire, sans parler de l’héteronormativité et du familialisme des modèles et de l’imaginaire du confinement. Dans le monde de l’ESR, les violences hétérosexistes sont fondamentalement liées à la précarité des postes. Concrètement, l’organisation de la recherche par projet augmente l’arbitraire dans les rapports professionnels et organise structurellement les violences sexuelles dans l’ESR dont l’impunité est actuellement garantie par les structures et la législation en place. Quand nous sortirons du confinement, il faut que ça cesse, dans l’ESR et dans toute la société !

 

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 17:03

La circulaire a été publiée le 4 mai 2020 pour encadrer la réouverture prévue pour le 11 mai 2020. Le texte paraîtra au BOEN le 7 mai !

Remarque préalable, ceci n’a presque rien à voir avec un cadre réglementaire, rien de contraignant et des indications de contenus pédagogiques, rien sur les personnels et les conditions de travail.

Le cadre sanitaire est traité en 7 lignes et renvoie au protocole sanitaire qui n’est pas contraignant car il y a la mention “dans la mesure du possible” pour beaucoup points. La circulaire renvoie à des ressources Eduscol pour accompagner la reprise des élèves.

La circulaire prévoit que la formation aux règles et consignes sanitaires se fasse avec les personnels de santé et les aspects psychologiques pour les enseignants et les enfants soient traités avec les personnels sociaux et les psy EN. Le tout en un jour ou deux dans la masse de mise en place de la réouverture.  

La circulaire renvoie au local pour les modalités d’ouvertures en fonction de la possibilité de respecter le cadre sanitaire fixé par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Le ministère fait peser sur les familles le choix de renvoyer les enfants à l’école, le choix des famille se fait jusqu’au 1er juin. Dans le même temps, le dispositif de chômage partiel devrait s’arrêter au 1er juin. Si les écoles sont ouvertes, Blanquer a déclaré que les familles ne devraient pas bénéficier de la garde d’enfant sous quelque régime que ce soit.

Le texte rappelle que l’instruction est obligatoire, en vertu de quoi les enfants qui ne reviendraient pas à l’école seront en enseignement à distance. Cela supposerait sans doute un réaménagement du code de l’éducation, les parents font le choix de la modalité d’instruction des enfants, là le choix ne peut se faire de façon réellement consentie par les parents.

Les modalités d’organisation des rotations sont renvoyées au local pour des effectifs de 15 élèves, mais concède des groupes de 10 en maternelle.

Concernant les enfants en situation de handicap, il est noté qu’il faut une attention particulière avec une renvoi à un document EDUSCOL générique qui ne parle pas des élèves en situation de handicap.

Les directeurs et les chef-fe-s d’établissement prépare la réouverture à partir de la semaine du 4 mai dans le cadre d’une circulaire parue le 4 mai !

Un plan départemental est arrêté par le DASEN. Le/la directeur·rice informe le conseil d’école des modalités qu’il a retenu. 

-> Cela pose un problème de respect du cadre instaurer par le code de l’éducation sur les conseil d’école qui sont compétents concernant les modalités d’organisation de l’école, donc pas de réunion des conseils d’école.

Pré-reprise des PE le 11/05 qui peut être étendue le 12/05 en fonction des situations locales.

Du 11 au 15/05 les enseignant-e-s de collège se retrouvent dans les établissements et préparent la reprise: formation aux gestes barrières, concertation sur le confinement et l’organisation de la réouverture.

Les personnes en ASA car à risque vont s’occuper du travail à distance. Dans le second degré, les VS sautent, puisque les collègues en télétravail hériteront de classes qui ne sont pas les leur, et constituées d’élèves qui ne seront pas présent-e-s.

Le ministère se paye le luxe de redéfinir les priorités pédagogiques, sans avoir recueilli l’avis du CSE, en s’asseyant sur les programmes et en renvoyant vers des fiches EDUSCOL. Les conditions de reprises, sont en gros balisées sur un plan de lutte contre le décrochage. Le ministre par le biais de sa circulaire poursuit sa logique éducative insistant sur les maths et le français comme seuls enseignements fondamentaux.

Il introduit des modules de soutien pour les élèves en difficultés dont les modalités ne sont pas définis, sur quel temps? Les APC?

La fin de la circulaire, est inquiétante dans ce qu’elle annonce des modalités particulières de mise en place de temps de consolidation des apprentissages pour tenir compte de la période de confinement. On voit poindre des attaques sur les ORS et sur les statuts, pour assurer ces modules en plus sans doute des heures habituelles. À surveiller de très très près.

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