24 février 2022 4 24 /02 /février /2022 18:09

Cela fait maintenant près de deux ans que, face à la crise sanitaire, le système éducatif ne tient que par l’engagement sans failles de ses personnels. Pendant ces deux ans, le ministère n’a pas pris la mesure des besoins des établissements scolaires afin qu’ils restent des lieux où on apprend, et pour qu’ils puissent répondre aux conséquences pédagogiques de cette crise. Il a fallu attendre la grève massive du 13 janvier dernier pour que des moyens, qui restent insuffisants, soient débloqués. Depuis deux mois, la vague Omicron a eu des conséquences catastrophiques avec des absences d’élèves, d’enseignants et d’AESH qui n’ont pas permis à tous les élèves d’apprendre et de progresser. Tous les professionnels font le constat d’une difficulté accrue des apprentissages, d’une perturbation du rythme de travail, du fait de collectifs-classes abîmés où les habitudes nécessaires à des apprentissages efficaces sont à reconstruire. C’est pour cela que les syndicats du premier degré ont tous demandé l’annulation ou la suspension des évaluations de mi-CP, prévues au départ en janvier. Le ministère a finalement fait un autre choix, privilégiant dogmatiquement le report de ces évaluations au retour des congés d'hiver. Pourtant, de l’aveu même de la DEPP (direction de l'évaluation du ministère), ces évaluations ne pourront même pas être utilisées en comparaison des années précédentes du fait de leurs conditions perturbées de passation et des conditions d’apprentissage dégradées depuis la rentrée. Non, l’urgence n’est pas d’imposer ces évaluations. L’urgence est de soutenir pleinement les personnels de terrain dans le difficile tissage des liens pédagogiques rompus par des semaines de crise, pour réengager tous les élèves dans les apprentissages et limiter le creusement des inégalités scolaires.

Par ailleurs le ministère annonce le report des épreuves de spécialité en lycée, et un aménagement de l’épreuve anticipée de français. Il s’agit d’une victoire de la forte mobilisation contre un ministre qui refusait d’entendre raison : c’est une preuve que la grève est un outil efficace aux mains des personnels. Pour SUD éducation, ce report montre qu’il est possible d’obtenir l’abandon complet des épreuves de spécialités en cours d’année. SUD éducation continue de revendiquer :
— l’abrogation de la réforme du baccalauréat, du lycée général et technologique et de parcoursup, véritables rouages du tri social des élèves, et vecteurs d’inégalités.
— la suppression du contrôle continu pour reconstruire des épreuves nationales, terminales et anonymes.
— un diplôme du baccalauréat comme premier grade universitaire, donnant accès à toutes les filières postbac sans sélection
— un plan de rattrapage avec l’ouverture des dizaines de milliers de places à l’université permettant d’accueillir tous et toutes les bachelier-e-s qui en font la demande.


 

Le ministre Blanquer a nommé par arrêté Mark Sherringham comme président du Conseil supérieur des programmes, à la place de Souâd Ayada. Pour SUD éducation, c’est une nouvelle preuve de la dérive concordataire du ministère, qui s’éloigne toujours davantage du principe de laïcité. Cette nomination s’inscrit dans le contexte du retour du catholicisme d’État actuellement à l'œuvre. En effet, Mark Sherringham s’est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet, déclarant vouloir “réintroduire explicitement le christianisme dans le débat éducatif”. Plus récemment, il a participé à des sessions de formation pour permettre aux directions d’école privées hors contrat de préparer les inspections du ministère de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, c’est en tant que responsable de l’élaboration des programmes qu’il sera en mesure de mettre en œuvre ce projet résolument anti-laïque. SUD éducation dénonce le peu de considération pour la laïcité et la neutralité de l’État à l'œuvre, de la part d’un ministère par ailleurs prompt à faire des procès en laïcité aux personnels et à leurs organisations.

Nous avons pu voir comme des millions de françaises et de français une enquête de France 2 dans le cadre de son journal télévisé du 20H diffusée le mercredi 16 février 2022 à une heure de grande écoute. L’image du département de l’Orne en ressort ternie. Le conseil départemental avait été alerté à l’époque, lors de la location du site du palais d’Argentré (propriété du Conseil départemental) sur les risques que pouvaient engendrer l’implantation de cette école hors-contrat à vision d’intégrisme religieux confirmant son implantation après La Croix des vents. Une autre demande avait été formulée lors d’un CDEN pour demander à la DASEN quelles étaient les mesures prises et effectuées à propos de ces écoles hors-contrat. Ce n’est donc pas un problème nouveau mais, compte-tenu des propos tenus et des images montrées dans ce documentaire, nous vous demandons ce que les pouvoirs publics entendent mettre en œuvre pour y faire face.


 

Le 11 février 2005, la Loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées était promulguée. Cette loi a permis la scolarisation de milliers d’enfants en situation de handicap. SUD éducation défend sans détour une école inclusive, c'est-à-dire une école qui se donne les moyens d’accueillir tou·tes les élèves. Mais, force est de constater que 17 ans après les moyens ne sont toujours pas à la hauteur des enjeux. La crise sanitaire a fragilisé encore davantage les élèves les plus en difficulté, à commencer par les élèves en situation de handicap. Le ministère Blanquer a beau se gargariser d’être celui de l’école inclusive, sur le terrain la réalité est tout autre : il n’y a pas assez de personnels, pas assez de formation, trop d’élèves par classe. L’accompagnement des élèves en situation de handicap se fait dans des conditions inadmissibles : les AESH ont des conditions salariales et statutaires au rabais tandis qu’il leur est demandé d’accompagner de plus en plus d’élèves pour de moins en moins d’heure. La mise en place des Pôles inclusifs d’accompagnement localisé accompagne cette logique de mutualisation comptable des moyens. Pour une école réellement inclusive, qui accueille tou·tes les élèves, SUD éducation revendique :

  • une baisse du nombre d’élèves par classe de la maternelle au lycée, permettant la mise en œuvre d’une adaptation pédagogique nécessaire à l’inclusion ;

  • l’ouverture et le renforcement des dispositifs d’aide et d’inclusion (RASED, ULIS…) ;

  • une politique ambitieuse de formation des personnels, en accord avec les besoins rencontrés ;

  • le recrutement de personnels supplémentaire, enseignant·es, AESH, personnel médico-sociaux ;

  • la titularisation des AESH dans un corps de fonctionnaire, la hausse des salaires et l’abandon des PIAL.

 

Comme à chaque CDEN, nous souhaitons attirer votre attention sur la non-scolarisation ou la scolarisation trop tardive des mineurs isolés pris en charge par le département. Retarder leur scolarisation, c'est les condamner à l'échec. Nous vous demandons à nouveau de tout mettre en œuvre pour faciliter la scolarisation de ces jeunes même si leur minorité n'est pas encore prouvée. Nous nous devons de les accompagner dans ce premier pas vers l'intégration.

 

Notre inquiétude grandit aussi face aux familles toujours plus nombreuses qui choisissent la scolarisation à domicile. Nous vous demandons la plus grande vigilance envers ces élèves déscolarisés afin de s'assurer du suivi et des conditions de leurs apprentissages.

 

Pour ce qui est de la carte scolaire, SUD éducation espérait un moratoire sur les fermetures et l'ouverture de postes de RASED afin de lutter contre les difficultés croissantes des élèves consécutives à la crise sanitaire et aux problèmes sociétaux que nous constatons toutes et tous. Nous sommes bien déçus face aux mesures proposées.

 

Pour le second degré, les moyens ne sont pas au rendez-vous. Nous attendions beaucoup mieux. Nous sommes inquiets pour plusieurs établissements et tout particulièrement pour le collège de Rémalard où les classes vont être particulièrement chargées sur un secteur où les difficultés scolaires ne sont plus à démontrer. Une rallonge conséquente d'heures s'impose.

Quant au collège de Val au Perche, nous attendons toujours le résultat de l'audit et souhaiterions être informé.e.s au plus vite des conclusions.

 

Pour finir, nous sommes absolument scandalisé.e.s d'apprendre que La ligue de l'enseignement, partenaire essentiel de l'éducation dans ce département comme dans tant d'autres, n'est plus membre de ce CDEN. Nous demandons des explications sur cette décision et dénonçons les conditions de son application. La ligue n'a même pas été informée de cette décision alors qu'elle est une partenaire historique de cette instance.

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Published by SUD 61