21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 08:15

Nous vivons actuellement une situation inédite et fort inquiétante. L'ensemble des personnels applique au mieux les recommandations officielles, comme le confinement notamment, tout en veillant à préserver leur santé dans ce contexte singulier. Ils-elles font face à une crise sanitaire sans précédent en assurant la continuité du service public (enseignement à distance, continuité administrative, suivi, orientation, accompagnement social des élèves, etc.), en accueillant pour certains les enfants de soignants (le plus souvent sans protection, sans réel suivi médical ni dépistage malgré les demandes portées par nos organisations). Néanmoins, même si le contexte est particulier, les injonctions contradictoires envoyées par certains services ne rassurent pas et il est fort regrettable que les annonces gouvernementales soient l'objet d'interprétations.

Le télétravail coupe les personnels du collectif, individualise les relations à la hiérarchie et rend les personnels plus vulnérables aux pressions. Ce risque est d’autant plus accru que les consignes se multiplient et se contredisent au gré des annonces ministérielles et des autorités académiques.

De plus, il est certain que les élèves et les familles ne sont pas égaux-ales face au numérique et à l'aide possible des parents dans l'enseignement à distance : cette période de confinement risque d'accentuer considérablement les inégalités sociales et de favoriser les violences intrafamiliales. Qui plus est, la surexposition aux écrans des enfants est en temps ordinaire déconseillée : accroître encore la fréquentation de ces appareils constitue aussi un enjeu sanitaire.

La pédagogie ne se réduit pas à la transmission de connaissance, mais se joue dans la relation directe avec les élèves. Enseigner est un métier avec des savoir-faire qu'il est primordial de ne pas dénaturer aux yeux de l’opinion publique. La bonne volonté des personnels soucieuses et soucieux de maintenir la relation pédagogique avec les élèves ne doit pas être instrumentalisée par le ministre.

Pour SUD éducation, l’urgence n’est pas à la mise en œuvre précipitée et hasardeuse du télétravail, mais à la préservation de la santé des personnels, des élèves et de leur famille. D'autant plus que l'Education Nationale n'est pas prête contrairement aux annonces de M. Blanquer.

Mme Moncada, nous vous avons alertée quant aux conditions de travail des personnels et continueront à le faire car notre inquiétude est grande. Il y a les conditions sanitaires de travail, mais aussi le télétravail, les nombreuses attentes envers les directeurs-trices, les nombreuses injonctions, la pression sur les professeurs de collèges ou de lycée en vue du baccalauréat... On aurait pu imaginer une gestion de crise qui aurait été tout simplement humaine. Au lieu de ça, certain-es professeur-es ont l'impression qu'on fait d'eux et elles des policiers : en tant que professeurs principaux, ils doivent sans cesse dénoncer les élèves qui ne travaillent pas, qui ne rendent pas les devoirs. Pour toutes et tous, cette façon de travailler génère un malaise voire de l'angoisse, du dégoût.

C’est dans ces circonstances que se tiennent des CTA , des CTSD et CDEN pour décider des ouvertures et fermetures de postes. Le Président de la République a lui-même reconnu la nécessité, dans le contexte actuel, de « changer de logiciel ». Etant données les circonstances, il nous aurait semblé essentiel d'opter pour un moratoire des instances.

Au niveau national, 440 créations de postes étaient prévues et 1 248 ont été ajoutés, en réaction à la crise sanitaire. En 2019, le ministère avait annoncé des dédoublements en cycle 2 en éducation prioritaire et la limitation à 24 élèves par classe de la GS au CE1. Cette dernière mesure entraînerait à elle seule l’ouverture d’environ 5 000 classes. Or, si 4211 postes étaient créés en 2017, seuls 3680 l’étaient en 2018, 2 300 en 2019 puis 440 pour 2020, ce qui était parfaitement scandaleux. La décision du ministère corrige en partie le tir en ramenant ces créations de postes à 1 688, mais les comptes ne sont toujours pas bons, ne serait-ce que pour permettre au gouvernement de tenir ses promesses. Elles ne seront pas tenues, sauf à prendre sur d’autres moyens (remplacements, PMQC, RASED…), comme cela s’est malheureusement fait ces dernières années pour les dédoublements en CP et en CE1. De plus, ces créations de postes dans le premier degré se font à moyens constant à l’échelle de l’Education nationale, et correspondent à des baisses de moyens dans d’autres secteurs. Au-delà des annonces ministérielles, l’objectif est toujours la cure d’austérité pour le service public d’éducation. Pour rappel, le nombre de postes au CRPE ne cesse de baisser. Alors que cette dotation “exceptionnelle” pour le 1er degré est soudainement possible, rien n’est prévu pour les collèges, lycées et lycées professionnels. Ce sont pourtant bien des créations de postes à hauteur des besoins dans l’ensemble des secteurs de l’éducation que nous réclamons ! Il aura fallu une crise sanitaire pour faire reculer le gouvernement sur la suppression des postes qui étaient initialement prévue. Cette situation montre une chose : si le gouvernement décide de créer des postes, il le peut.

Mme Moncada, suite à la demande du ministre, vous avez renoncé à de nombreuses fermetures. Mais à quel prix ! 24 postes de brigade en moins, alors que l'on peut supposer que le Covid-19 continuera son étendue l'année scolaire prochaine et que les besoins en remplacement seront sans doute considérables ; enfin, la fermeture des postes de PMQC alors que ce dispositif a été reconnu efficace par toutes et tous.

Et qu'en est-il du second degré ? Les collégiens auront besoin d'aide et d'attention plus que jamais, c'est en effet une situation inédite que de ne pas aller en classe pendant plusieurs mois. Rien n'est prévu pour eux. Pourquoi ne pas se donner du temps, voir quelle est la durée de ce confinement, et attendre que le ministère débloque des postes supplémentaires pour parer à cette problématique.

Par ailleurs, la rumeur dit que les cours ne reprendront pas avant septembre. Peut-être avez-vous des informations à ce sujet à nous donner. Si cela se confirme, le gouvernement va devoir accorder de très gros moyens supplémentaires à l'Education nationale afin de limiter les dégâts provoqués. Les quelques postes supplémentaires qui ont été ajoutés pour l'instant sont trop peu nombreux et ne concernent que le premier degré. Cette situation n'est pas acceptable. Il aurait fallu, dans le premier degré, créer au minimum des postes de maitre-sses E et des postes de PMQC afin d'aider les élèves qui auront le plus souffert de cette situation ; et dans le second degré, créer de nombreux postes afin d'alléger le nombre d'élèves par classe et permettre ainsi une meilleure différenciation.

 

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Published by SUD 61