21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 08:25

Nous vivons actuellement une situation inédite et fort inquiétante. L'ensemble des personnels applique au mieux les recommandations officielles, comme le confinement notamment, tout en veillant à préserver leur santé dans ce contexte singulier. Ils-elles font face à une crise sanitaire sans précédent en assurant la continuité du service public (enseignement à distance, continuité administrative, suivi, orientation, accompagnement social des élèves, etc.), en accueillant pour certains les enfants de soignants (le plus souvent sans protection, sans réel suivi médical ni dépistage malgré les demandes portées par nos organisations).

Il est certain que les élèves et les familles ne sont pas égaux face au numérique et à l'aide possible des parents dans l'enseignement à distance : cette période de confinement risque d'accentuer considérablement les inégalités sociales et de favoriser les violences intrafamiliales. Qui plus est, la surexposition aux écrans des enfants est en temps ordinaire déconseillée : accroître encore la fréquentation de ces appareils constitue aussi un enjeu sanitaire.

La pédagogie ne se réduit pas à la transmission de connaissance, mais se joue dans la relation directe avec les élèves. Enseigner est un métier avec des savoir-faire qu'il est primordial de ne pas dénaturer aux yeux de l’opinion publique. La bonne volonté des personnels soucieuses et soucieux de maintenir la relation pédagogique avec les élèves ne doit pas être instrumentalisée par le ministre.

Pour SUD éducation, l’urgence est la préservation de la santé des personnels, des élèves et de leur famille.

Mme La Préfète, Mme la Directrice Académique, nous vous avons alertées quant aux conditions de travail des personnels et continueront à le faire car notre inquiétude est grande.

C’est dans ces circonstances que se tiennent des CTA , des CTSD et CDEN pour décider des ouvertures et fermetures de postes. Le Président de la République a lui-même reconnu la nécessité, dans le contexte actuel, de « changer de logiciel ». Étant données les circonstances, il nous aurait semblé essentiel d'opter pour un moratoire des instances.

Les années précédentes, il a fallu piocher dans les postes de brigades, de RASED, de PMQC pour permettre les dédoublements de classe en GS/CP OU CE1exigés par le ministre mais sans une dotation de postes qui permettraient ces dispositions. Par ailleurs, ces créations de postes dans le premier degré se font à moyens constant à l’échelle de l’Education nationale, et correspondent à des baisses de moyens dans d’autres secteurs. Au-delà des annonces ministérielles, l’objectif est toujours la cure d’austérité pour le service public d’éducation. Pour rappel, le nombre de postes au CRPE ne cesse de baisser. Alors que cette dotation “exceptionnelle” pour le 1er degré est soudainement possible (pour rappel 3 postes pour le premier degré dans l’Orne), rien n’est prévu pour les collèges, lycées et lycées professionnels. Ce sont pourtant bien des créations de postes à hauteur des besoins dans l’ensemble des secteurs de l’éducation que nous réclamons ! Il aura fallu une crise sanitaire pour faire reculer le gouvernement sur la suppression des postes qui étaient initialement prévue. Cette situation montre une chose : si le gouvernement décide de créer des postes, il le peut.

Mme Moncada, suite à la demande du ministre, vous avez renoncé à de nombreuses fermetures. Mais à quel prix ! 20 postes de brigade en moins, alors que l'on peut supposer que le Covid-19 continuera son étendue l'année scolaire prochaine et que les besoins en remplacement seront sans doute considérables, comment envisagez-vous la formation sans remplacement possible ; enfin, vous décidez de fermer la totalité des postes de PMQC alors que ce dispositif a été reconnu efficace par toutes et tous.

Et qu'en est-il du second degré ? Les collégiens auront besoin d'aide et d'attention plus que jamais, c'est en effet une situation inédite que de ne pas aller en classe pendant plusieurs mois. Rien n'est prévu pour eux. Pourquoi ne pas se donner du temps, voir quelle est la durée de ce confinement, et attendre que le ministère débloque des postes supplémentaires pour parer à cette problématique. En pleine crise sanitaire, alors que 40 000 élèves supplémentaires sont attendu-e-s dans le second degré, Jean-Michel Blanquer n’annonce aucune création de postes dans le second degré. Le ministre ne cesse de clamer dans tous les médias qu’il ne faut laisser aucun élève « au bord du chemin » durant le confinement mais il ne prévoit aucun moyen sur du long terme. Aucune projection n’est donc faite sur la reprise et les conséquences du confinement sur les élèves.

Le ministre Blanquer a annoncé une réouverture progressive des écoles et des établissements à compter du 11 mai. Il montre dans ses interventions que le ministère de l’Éducation nationale n’est pas prêt et ne maîtrise pas la réalité du terrain dans les établissements scolaires. Il dit que la reprise se fera progressivement avec des effectifs réduits si les conditions sanitaires sont réunies. Cependant, le ministre s’exprime avec son flou habituel. Aucune consigne claire, aucune information précise ne permettent de saisir la réalité de la mise en œuvre d’un retour progressif des 12 millions d’élèves et de 1 145 000 personnels dans les écoles et établissements scolaires. Ce flou, qui risque une nouvelle fois d’entraîner un renvoi au local, est particulièrement anxiogène pour les élèves et leur famille d’une part, pour les personnels de l’Éducation nationale d’autre part, d’autant plus que la communauté scientifique émet des réserves sur la pertinence d’un déconfinement aussi rapide. Ce que révèle cette annonce, c’est avant tout l’instrumentalisation des élèves, et notamment les plus défavorisé-e-s, par le ministre au service des capitalistes qui veulent imposer la reprise des activités à leur profit. Les conditions de travail à la reprise ne manquent pas d’inquiéter, car le ministre a sous-entendu qu’il serait possible de conjuguer enseignement à distance et en classe au mépris des conditions de travail des personnels.

SUD éducation s’opposera à la réouverture des écoles et des établissements tant que la situation sanitaire ne le permettra pas et veillera au respect des droits des personnels dans la période et à l’égal accès des élèves à l’enseignement. Les personnels seront légitimement en situation de se poser la question de leur sécurité ainsi que de celle des élèves, et le droit de retrait pourra s’imposer comme un mode d’action incontournable. En fonction de l’évolution de la situation sanitaire et de la mise en œuvre sur le terrain de la réouverture des classes, SUD éducation pourra appeler les personnels à utiliser leur droit de retrait et les soutenir dans cette démarche.
Le gouvernement portera la responsabilité des conséquences sanitaires de décisions qui seraient guidées d’abord par des motifs liés à la relance de l’économie au détriment de la santé et de la vie des personnels et des familles/entourage des élèves ainsi que les risques pour l’ensemble de la société.

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Published by SUD 61