26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 11:47

L’année scolaire 2018-2019 s’est achevée sur une mobilisation d’une ampleur inédite dans l’éducation, autour de la grève des examens et de la rétention de notes. Elle a été le point d’orgue d’une mobilisation tout au long de l’année scolaire : contre la réforme du lycée professionnel en septembre, contre les réformes des lycées et Parcoursup en hiver, et bien sûr la mobilisation massive, en particulier dans le premier degré, contre la loi Blanquer au printemps.  Ces mobilisations n’ont certes pas obtenu satisfaction sur toutes les revendications portées par les personnels, loin de là. Cependant, elles ont permis d’obtenir l’abandon, du moins pour l’heure, du projet d’Écoles publiques des savoirs fondamentaux, qui auraient fait des principaux-ales de collèges les supérieur-e-s hiérarchiques des professeur-e-s des écoles, en plus de l’inspection de l’Éducation nationale. Elles ont également obtenu le retrait des dispositions nauséabondes introduites par le Sénat concernant l’interdiction faite aux mères voilées d’accompagner des sorties scolaires ou la suppression des allocations familiales pour les élèves en décrochage scolaire. Au-delà de ces victoires, c’est un rapport de force massif entre les personnels et le ministère qui se construit. Ce rapport de force ne doit pas s’arrêter là : les revendications d’abrogation des contre-réformes sont toujours d’actualité, comme l’ensemble des revendications pour les droits des personnels et pour une école publique, gratuite, laïque et émancipatrice. Au-delà de l’école, de nouveaux mauvais coups vont pleuvoir, même si certains ont été retardés par l’ampleur du mouvement des gilets jaunes : réforme de la fonction publique, de l’assurance-chômage, et bien sûr des retraites.

La rentrée scolaire est chaotique. Dans le premier degré, la mise en œuvre de la scolarisation dès 3 ans suscite de nombreuses difficultés d’organisation, notamment en ce qui concerne la propreté. En collège, les suppressions de postes, ainsi que l’ensemble des postes non pourvus, font que de nombreuses classes se retrouvent sans enseignant-e-s. En lycée, la mise en œuvre des réformes suscitent d’innombrables dysfonctionnements : emplois du temps dégradés, multiplication du nombre de professeur-e-s par classe, augmentation des effectifs. Face à cette situation, de nombreux établissements ont décidé de se mettre en grève dès les premiers jours de la rentrée.

Les organisations syndicales de la Fonction publique CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, SOLIDAIRES, FA-FP, CFE-CGC, et CFTC réaffirment leur opposition à la loi de transformation de la fonction publique votée ce 23 juillet au Sénat après le vote du 18 juillet à l’Assemblée nationale. Cette loi contourne le statut de la fonction publique, garant de la neutralité du service rendu et de l’égalité des droits des agentes et agents mais aussi des usagères et usagers. Elle va également réduire les capacités des organisations syndicales à défendre collectivement les droits des agentes et des agents publics en termes de carrière et de santé et sécurité au travail par l’affaiblissement des commissions administratives paritaires (CAP) et la suppression des comités d’hygiène, santé et conditions de travail (CHSCT). Cette loi va encourager et accentuer la précarité avec des contrats à durée déterminée non renouvelables, ne permettant ni l’accès au CDI, ni à la titularisation. Enfin, les différents outils dits « de ressources humaines » contenus dans cette loi comme la rupture conventionnelle ou le détachement d’office pourraient être utilisés pour pousser les fonctionnaires à quitter la fonction publique ou pour les obliger à suivre leurs missions concédées au secteur privé. Dans un contexte difficile et face à un gouvernement ayant un double langage, nos organisations syndicales appellent les personnels à se rassembler autour de leurs organisations syndicales représentatives pour continuer de défendre collectivement leurs droits et un service public porté par les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité et laïcité. Enfin, elles invitent le gouvernement et les ministres en charge de la Fonction publique à s’inscrire dans un véritable dialogue social constructif et respectueux, source de progrès social tant dans l’intérêt des personnels que des usagères et usagers. Ce 23 juillet restera un mauvais coup porté à la fonction publique, à l’emploi public, au service public et à l’ensemble de la population.

Dans la droite ligne du rapport Borloo, le ministère de l’Éducation nationale met en œuvre un label “cité éducative” dans quatre-vingts quartiers populaires. Une “cité éducative” consiste à mettre en réseaux des écoles autour d’un collège dont le ou la chef-fe d’établissement sera responsable du fonctionnement. Le ministre réintroduit ainsi sans le dire les établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF) contre lesquels les personnels du premier degré se sont fortement mobilisés l’année dernière et en ont obtenu l’abandon. Ce dispositif s’inscrit dans le cadre du démantèlement de l’éducation prioritaire, et plus largement du service public d’éducation, à travers notamment la généralisation de la contractualisation entre les établissements et l’administration. C’est cette contractualisation qui sera le déterminant de l’attribution de ces nouvelles ressources en fonction d’une prétendue “stratégie ambitieuse et partagée”. Le ou la principal-e disposera d’un fonds de 30 000 euros qu’il lui sera possible de dispenser, aux écoles, mais aussi à des associations ou bien même aux entreprises qui accueillent des stagiaires. C’est donc bien un système opaque et clientéliste qui se dessine à travers les cités éducatives. Il est impossible de ne pas voir dans ce nouveau dispositif une tentative pour remplacer le dispositif actuel d’éducation prioritaire. On peut craindre que les moyens supplémentaires attribués à l’éducation prioritaire (qui se traduisent par des effectifs réduits, les dédoublements en CP-CE1, les primes et la pondération en REP+) s’en trouvent ainsi à terme remis en cause. SUD éducation considère que l’éducation prioritaire telle qu’elle existe ne répond déjà pas aux besoins dans les quartiers populaires, et qu’aller plus loin dans son démantèlement accentuera encore davantage les inégalités. Enfin, le coût global de cette opération serait d’environ 100 millions d’euros sur trois ans d’après le ministère. Rapporté au budget de l’éducation nationale, d’environ 70 milliards d’euros par an, cela montre le mépris porté par le ministère à la question de l’éducation prioritaire. Il s’agit donc avant tout d’un effet d’annonce alors même que les établissements scolaires en REP et REP+ sont trop peu nombreux et sous-dotés.

Quant à la circulaire du 5 juin dernier, présentée par les ministres Blanquer et Cluzel comme une grande avancée pour les personnels n’est que de la poudre aux yeux. Pour les AESH, c’est toujours la précarité qui est à l’ordre du jour. Incapable de proposer un statut suffisamment attractif pour pourvoir tous les postes comme de se donner les moyens de répondre aux besoins des élèves et de leur famille, M. Blanquer se retranche, avec la création des PIAL, dans une stratégie d’optimisation des ressources au mépris des conditions de travail des AESH comme des élèves suivis. Là où une solution individuelle est nécessaire, le ministre répond « mutualisation » ! Les économies ne doivent se faire ni au détriment des conditions de travail, ni à celui du service rendu.

SUD éducation réclame une autre école. Une école pour toutes et tous, une place pour chacun et chacune : moins d’élèves par classe ! Une école publique, laïque et gratuite. Des méthodes et des programmes adaptés, qui favorisent l’expérimentation, l’esprit critique, la coopération et qui réaffirment la dimension polytechnique et l’importance de tous les enseignements. Une évaluation au service des élèves et des personnels, opposée à toute idée de compétition et de concurrence. Une école adaptée aux tout-es petit-es : la reconnaissance de la spécificité de l’accueil et de l’encadrement en classes maternelles. Une organisation du temps scolaire repensée, débarrassée du zonage des vacances scolaires, qui prenne en compte les besoins des enfants sur la journée, sur la semaine, mais aussi sur l’année, tout en respectant les statuts des personnels. Un temps de classe différencié et adapté à l’âge des enfants. L’égalité sur tout le territoire, y compris dans les zones prioritaires, rurales et outre-mer… Un financement équitable des écoles et du service public d’éducation, indépendant des inégalités entre les communes. L’abolition du financement public de l’enseignement privé. Un droit des élèves à la continuité de l’enseignement : remplacements systématiques et stables par des personnels titulaires. Une école qui lutte contre toutes les formes de discrimination et qui revendique et assure l’égalité filles-garçons. Une prise en charge de la difficulté scolaire par l’éducation nationale sur le temps de classe, des réseaux d’aide complets et des personnels spécialisés partout. Des moyens matériels et humains conséquents : plusieurs enseignant-es formé-es et du personnel médico-social dans chaque classe si besoin, pour une scolarisation de tou-tes les élèves dans une dimension inclusive. Une organisation du temps scolaire qui permette plus d’adultes que de classes : 18 heures devant les élèves et 6 heures de concertation.

 

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Published by SUD 61