2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 09:14

L’élection d’Emmanuel Macron annonce une nouvelle accélération des politiques de régression sociale, de destruction des droits sociaux, des solidarités et des services publics, au bénéfice des classes possédantes. Son projet pour l’école est à la fois de poursuivre les politiques libérales en ce qui concerne les structures et d’opérer un tournant réactionnaire dans les contenus.

Comme dans tout projet réactionnaire, l’école primaire est pour l’essentiel réduite à la fonction d’apprendre à « lire-écrire-compter » (les « fondamentaux »), loin des enjeux socio-éducatifs globaux qu’elle doit pourtant prendre en compte et qui sont la condition même des apprentissages. La spécificité de la maternelle est à nouveau niée. En primaire comme au collège, les logiques individualistes et de stigmatisation seront encore renforcées. Des dispositifs qui ont montré leur inefficacité sont à nouveau mis en avant. Les stages de remise à niveau pendant les vacances seront généralisés et le pseudo accompagnement personnalisé sera maintenu, au détriment de l’enseignement adapté et de réponses globales comme la réduction générale des effectifs par classe. De nouveaux pas dans la destruction du collège unique sont déjà annoncés, puisque le projet prévoit une individualisation des parcours. Des évaluations nationales auront lieu tous les ans en début d’année scolaire de la grande section à la 3e… Et bien entendu ces évaluations seront numérisées. Cela s’inscrit dans un grand plan de constitution d’un casier scolaire au service du patronat, assurant la traçabilité des élèves dès le plus jeune âge. Le Livret Scolaire Unique Numérique en est l’étape en cours de déploiement. Ses fonctionnalités pourront être étendues en quelques clics pour intégrer entre autres ces évaluations annuelles. Le processus de territorialisation, d’autonomisation des établissements et de contractualisation verra de nouvelles étapes se déployer. Les communes auront toute liberté d’organiser « sans contrainte » le temps scolaire (sur 4 jours, 4,5, etc.) et périscolaire. La réforme du collège, comme celle du lycée, est maintenue dans sa structure, mais les 20% de la dotation laissés à l’autonomie seront désormais totalement à la discrétion des établissements sans aucune règle nationale, pour permettre notamment la relance des options les plus explicitement reproductrices des hiérarchies sociales. L’autonomie des collèges et des lycées sera totale en matière de projet d’établissement… avec un diagnostic obligatoire tous les 3 ans, qui donnera lieu à une évaluation publique et qui conditionnera les engagements du ministère. L’« agence du diagnostic et de l’évaluation » pourra ainsi décider de renforcer l’équipe de direction d’un établissement (au cas où il y aurait des équipes trop peu dociles pour marcher au pas ?). Les chef-fe-s d’établissement des collèges de l’éducation prioritaire pourront procéder à un recrutement local des enseignant-e-s.

Le processus d’ubérisation n’épargnera pas l’école et ses personnels. Le projet fait appel (y compris pour l’enseignement) au bénévolat à toutes les sauces, mais aussi aux services civiques – une main d’œuvre sous payée, sans statut durable et sans contrat de travail. La formation continue de trois jours par an se fera manifestement sur des contenus imposés, la moitié via des modules en ligne. La numérisation de l’école sera encore accentuée avec la multiplication des supports et applications numériques que les élèves et les enseignant-e-s devront utiliser.

En accroissant l’autonomie et la mise en concurrence, en produisant une école réduite au « lire-écrire-compter » pour les pauvres et en multipliant les processus de sélection sociale, l’école d’EM poursuit l’adaptation du service (de moins en moins) public d’éducation aux besoins du patronat. C’est sur tous ces aspects que celles et ceux qui portent des alternatives pédagogiques et sociales doivent faire front, pour résister à ce processus et faire naître un tout autre projet pour une école égalitaire et émancipatrice. SUD éducation est de ce combat pour une autre école, une autre société.

Localement à présent, nous déplorons une rentrée qui se fera à nouveau avec un grand déficit de maitres spécialisés. Alors que dans de nombreux départements les équipes de RASED ont été renforcées, celles de l’Orne restent incroyablement fragilisées.

Que dire aussi de l’obstination de l’administration vis-à-vis de certaines écoles dont les effectifs ont considérablement augmenté et auxquelles on rétorque que seuls les chiffres de l’INSEE peuvent être pris en compte. A St Germain de la Coudre, par exemple, si la mesure de fermeture est maintenue, il y aura 3 classes : 26 (CM1/CM2) – 29 (CP/CE1/CE2 avec un élève porteur d’un handicap lourd qui rend le fonctionnement de la classe très compliqué) et 27 élèves en maternelle (dont 5 TPS). Qui aujourd’hui peut prétendre proposer un enseignement de qualité avec 29 élèves en CP/CE1/CE2 ? Mme Moncada, nous comptons sur votre bon sens pour ré-étudier cette situation et prendre les mesures qui s’imposent.

 

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Published by SUD 61